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LUNC-I5M F 40

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University of North Carolina at Chapel Hill

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(Sermcm Ctmericcm Ctnnals

CONTINUATION OF THE QUARTERLY

AMERICANA GERMANICA

A BI-MONTHLY DEVOTED TO THE COMPARATIVE STUDY OF THE

Historical, Literary, Linguistic, Educational and Commercial Relations

OF

Germany and America

ORGAN OF

The German American Historical Society The National Get man American Alliance The Union of Old German Students in America

EDITOR,

MARION DEXTER LEARNED,

University of Pennsylvania.

CONTRIBUTING EDITORS :

H. C. G. Brandt,

Hamilton College. W. H. Carpenter,

Columbia University. W. H. Carruth,

University of Kansas. Hermann Collitz,

Johns Hopkins University. Starr W. Cutting,

University of Chicago. Daniel K. Dodge,

University of Illinois.

A. B. Faust,

Cornell University. Kuno Francke,

Harvard University. Adolph Gerber,

Late of Earlham College.

Julius Goebel,

University of Illinois. J. T. Hatfield,

Northwestern University. W. T. Hewett,

Cornell University.

A. R. HOHLFELD,

University of Wisconsin. Hugo K. Schilling,

University of California.

H. Schmidt-Wartenberg, University of Chicago.

Hermann Schoenfeld, Columbian University.

Calvin Thomas,

Columbia University.

H. S. White,

Harvard University.

Henry Wood, Johns Hopkins University.

New Series, Vol. 12.

1914.

Old Series, Vol. 16.

published by

THE GERMAN AMERICAN HISTORICAL SOCIETY

E. M. Fogel, Business Manager,

Box 39, College Hall, University of Pennsylvania

BMMlaoetpbta.

JBerltn : 'fflew H?orfc :

MAYER & MULLER CARL A. STERN

Xonoon : KEGAN PAUL, TRENCH, TROBNER & CO., Ltd.

Xetp3i0 : F. A. BROCKHAUS

Parte : H. LeSOUDIER

Ap

'

(Birman Gmerican Cïnnals

CONTINUATION OF THE QUARTERLY

AMERICANA GERMANICA

New Series, March October. Old Series,

Vol. XII. Nos. 2-5. 1914. Vol. XVI. Nos. 2-5.

THE GRAFFENRIED MANUSCRIPT C.

This manuscript, written in the French of the beginning of the eighteenth century, is the most complete of the Graffenried manuscripts relating to the settlement of Newbern, N. C. It was written down by Christoph von Graffenried's own hand (see German American Annals, Vol. XI, p. 20$i.) in 1716 (see p. 150, 1. 2), and is a careful revision of earlier sketches, con- tained in the A and B manuscripts. The earliest of these, the A manuscript, was written in French, and a translation of this into English has been published in The Colonial Records of North Carolina (1886), Vol. 1, pp. 905-985. The B manuscript, written in German, was printed for the first time in a foregoing number of the German American Annals. The C manuscript appears in print for the first time on the following pages. The maps and illustrations are a unique feature of this manuscript. Further- more, a large number of additional passages and a better ordering of the material, distinguish C from the A and B manuscripts.

No excuses are necessary for the printing of this fasci- nating bit of colonial history in its several forms, for each of them, particularly the B and C manuscripts, are of vital in- terest because of their historical, literary, and linguistic content.

The present copy was made from the original by an ex- perienced copyist of Bern, who used a typewriter. This type- written copy was then submitted to a trusted copyist of the Berner Stadtbibliothek, who compared it with the original and

(63)

64 The Graff enried Manuscript C

made corrections. The present form can therefore be relied upon as a faithful reproduction of the original handwriting.

The C manuscript belongs to the private library of Mr. W. F. von Mulinen, to whom I wish to express my gratitude for permission to publish the manuscript, as well as for courte- sies extended during the preparation of the copy. He has in many cases given his valuable judgment in the deciphering of treacherous forms and difficult passages.

In the original manuscript, marginal notes appear through- out as guides to the material contained in the paragraphs; for convenience these notes have been printed here as paragraph headings. The paging of the original manuscript is indicated by the numerals in the text.

Albert B. Faust,

Cornell University, Ithaca, N. Y .

1 RELATION DU VOYAGE DAMERIQUE

que le B. de Graff enried a fait, en y amenant une Colonie Pala- tine et Suisse; et son Retour en Europe.

PREFACE.

Quoyq plusieurs Persones n'ayent demandé la Relation de mes tristes advantures d'Ameriq, je ne me serois pas disposé à cela, restoit que j'estois bien aise de me justifier tant auprès de ma Société aussi bien qu'a d'autres persones lesquelles auraient peutetre pu avoir despensées Sinistres de ma Conduite, Corne si j'avois entrepris cette Colonie légèrement et imprudement, et que j'aurais passé mon tems en Caroline en Luxe et oisiveté, en quoy on ce seroit bien trompé, et ma Relation en fait bien voir le Con- traire. On y trouvera aussi des particularités qu'on aurait bien pu laisser, mais accause des demarches irregulieres de certaines persones qui ont agis de mauvaise foy, tant a legard des pauvres Colonistes qu'envers ma persone, en estant même venus jusques a des actions noires et inexcusables, Je nay pu de moins que

The Graffenried Manuscript C 65

d'en faire mention, (quoy que bien charitablement puis que ie nomme persone) affin qu'on ne m'en impute pas, et que mon in- nocence soit au jour.

Sans doute quelques Curieux voudraient scavoir les raisons d'une Entreprise si grande et éloignée de mon Pays et Patrie; Quelques uns les scavent, les autres ce contenteront de scavoir que des le tems que jeu l'honneur de faire quelq séjour chez feu le Duc d' Albemarle a Londre qui fust alors établis du Roy Charle II, vice Roy de Jamaiq, par la Relation qu'on me fist de la beauté, bonté, et richesses de l'Ameriq Angloise, j'en con- ceus une Jdée m'advantageuse, que sur les fortes invitations de ce seigneur je l'aurois suivis en ce Voyage avec empressement si je n'eusse esté détourné par les fortes remonstrances de mes Parents qui voulloient que je m'établisse dans ma Patrie, et non obstant touttes les douceurs que j'y pouvois avoir, il me resta pourtant toujours quelq/ 2amorce et quelq chose d'attirant pour les pays susdits. Et la Fortune ne me regardant pas d'un oeuil si favorable comme je l'aurois souhaitté, après avoir finis mon Bailiage d'Yverdon grand et important a Contentement de mon Souverain, des Etats voisins, et des Ressortissants, Dieu soit loué, avec une Concsience bone et nette, mais n'y ayant pas profité pour y avoir eu des Contreferas, d'autre Coté n'ayant pas été homme a m'enrichir au depends des pauvres Ressortisants, outre les troubles de Neufchattel qui me causèrent beaucoup de perte, voyant encore que la Reforme nouvelle me privoit de pou- voir obtenir quelq charge profitable pour bien longtems ; dans l'espérance de faire une fortune plus considerable dans ces Pays éloignés de l'Ameriq Angloise, afin de mieux soutenir une Famille nombreuse selon mon Caractère et qualité : Je pris donc une forte resolution pour ce Voyage important pas moins dan- gereux que long et pénible, d'autant avec plus de Courage que ie fus invité fortement par diverses lettres des Pays susdits, aussi bien que de Londre. Je hesitois longtems si ie communiquerois mon dessein a quelq amy ou Parent, mais voyant qu'ils m'en disuaderoient, je n'en di rien pas même a ceux qui me touchoient de plus près, et partis secrettement. Cependant avant que de quit- ter le Pays, je m'arrestay aux frontières chez un amy, et fis une

66 The Graff 'envied Manuscript C

disposition de mes affaires que je n'avois pu entièrement régler avant mon depart, et l'envoyay a un de mes Parents, en comuni- quant mon dessein, mais le malheur voulust que ce pacquet de papiers fust intercepté ou perdu, ce qui causa beaucoup d'emba- rass et de confusion : Ne recevant aucune reponce pendant 8 ou 10 jours, Je partis dont dans une ferme resolution de ne plus retourner, mais l'home propose et Dieu dispose.

Mon arrivée en Hollande. Arrivée en Angleterre. Traitté avec les Lord. Prop, de Caroline.

Lorsque j'arrivay en Hollande certaines Persones de Con- sideration m'auroient presq détourné de mon dessein me faisant des propositions, cependant ne les trouvant pas a mon goust, ie continuay mon Voyage en Angleterre ou je rencontray d'abord mes amys, et il y eust des Persones de haute Consideration et dis- tinction qui m'encouragèrent beaucoup pour continuer mon des- sein, avec promesse de toutte l'assistance possible, tellement que je suis entre en Traitté selon lequel les Lords Propriétaires de Caroline me firent des propositions et Conditions avec des Privi- leges si advantageux pour l'Etablissement de ma Colonie, que i'en suis venu a une Conclusion./

2 Arrivée de 10,000 Palatins à Londre.

Justement en ce tems plus de ioooo âmes vinrent d'Alle- magne en Angleterre sous le nom de Palatins mais meslés de beaucoup de suisses et d'autres Provinces d'Allemagne, ce qui dona beaucoup a penser a la Cour aussi bien qu'aux Habitants de Londre et Provinces voisines pour les grands embarass et frais immences que ces gens causèrent. C'est pourquoy on publia d'abord un Edict, par lequell il estoit permis a Chacun de prendre de ces gens pour les soigner, et on en avois envoyé une bone partie dans les 3 Royaumes, ce qui n'a pas si bien réussi corne on lesperoit en partie accause de la paresse des Palatins, et en partie par la jalousie des pauvres sujets du Royaume, ainsi on pris la resolution d'envoyer un bon nombre de ces gens en Ameriq a quoy la Reine fournis des grandes sommes.

The Graffenried Manuscript C 67

Assistance de la Reine pour le transport de mon peuple à Virginie

et Caroline. Dans cette conjoncture diverses Persones de distinction qui avoient connoissance de mon entreprise me Conseillèrent que ie devois me preevaloir d'une occasion si favorable, me faisant espérer que si ie voulois prendre une assez grande quantité de ces gens, la Reine fourniroit non-seulement le transport mais grati- fieroit encore ces gens d'une assistance considerable, ce qui eust aussi son effect, et la somme ce monta jusques'a 40001b Sterlin. La Reine ou le Conseil Royal avoit promis de doner des Terres le long de la Riviere de Potomack autant que nous désirerions avec des fortes Reccomandations pour Mons. le Gouverneur de Vir- ginie : Tout cecy avec les promesses advantageuses des seigrs Propriétaires de Caroline dona pas peu d'Autorité a cette Entre- prise de la quelle j'esperois une issue pas moins heureuse qu'en paroissoit advantageux le Commencement.

Mesures prises pour le transport de ma colonie. Jay dont pris une peine inexprimable pour le transport et entretiens de cette nouvelle Colonie. J'ay Choisis pour ce sujet d'entre cette foule de Palatins des jeunes gens bien portants et laborieux, et de touttes sortes de metiers et vocations. 20 fait des Provisions des touttes sortes d'utencils. 30 Bones Provisions de Vivres. 40 des bons Vaisseaux ou bâtiments bien adjustez, bien équipés; 50 Item des bons Intendants et Surveillants ou di- recteurs pour avoir soin de tout et tennir ce monde en bon ordre et discipline. Et afïïn qu'on ne m'impute aucune negligence ny défaut, ie n'ay rien fait ny entrepris a l'insceu du Comité Royal et sans leurs advis et instructions. 70 pour premiers Directeurs de ce Peuple j'avois choisis 3 persones des principaux de Caro- line, qui par hazard ce trouvèrent alors a Londre et qui avoient desia demeuré plusieurs années en Caroline, l'un estoit le Receveur General/ 4 L'autre L'Arpenteur General, le 3e Un Juge de Paix, qui touts trois ont paru pour cett effect devant le Comité Royal, ou ils ont receu leurs instructions et ont esté confirmé pour avoir la direction de ces Peuple, en mon absence, tant sur Mer que sur Terre, n'ayant pu partir accause d'une petite Colonie de Berne

68 The Graff enried Manuscript C

qui devoit suivre bientost outre d'autres affaires que j'avois en- core a régler. J'avois choisis d'entre ce Peuple aussi douze Sousdirecteurs des plus Cerces et capables pour en avoir un soin plus particulier.

Quelque Seigrs de la Corn: Roy Visitent les Vaisseaux.

Apres que le Comité Royal eust confirmé tout ce que les Lord Propriétaires, ces Peuples et moy avions contracté con- clus et arrester par ensemble, j'avois encore prié les Seigneurs de la Commission Royale d'avoir la bonté d'ordoner quelques uns de leurs membres pour visiter les Vaisseaux de transport, si tout estoit bien en ordre, soit a legard de la provision, soit pour les matelots, le Vaisseau même et la place, et pour insinuer au Capi- taine qui tienne bien, et nourisse ce monde a suffisance et propre- ment: Ce qui fust bien exécuté et rapporté en la Comission Royale.

Départ de la Colonie pour l'Amérique en Janv. ijio. Convoy du

Vice Adm. Noris.

Le jour avant le depart de cette Colonie je me transportay avec Monsieur Cesar ministre de l'Eglise Reformée Allemande de Londre a Gravesand pour consoler et encourager ces Peuples et leur souhaiter un heureux Voyage Leurs représentant par un petit discours tout ce que ie pouvois juger être bon et propre dans la Conjoncture : Et Mons. le ministre fist un sermon fort touchant a ce sujet. Je ne pouvois les accompagner alors, ac- cause que j'attendois encore une petite Colonie de Berne corne susdit, et quelq membres de ma Société avec les quells j'estois bien aise de conférer au sujet de cette Entreprise importante pour suivant prendre les mesures nécessaires. Ainsi après avoir rec- comander mes Colonistes a la Protection Divine, je les fis partir touttefois sous les precautions nécessaires accause de la Guerre. Pour ce sujet j'avois abtenu du Comte de Pembrock Grand Admirai d'Angleterre, la faveur, qu'il ordona au Chevallier Noris vice Admirai d'accompagner avec son Escadre nos deux Vais- seaux jusques a la hauteur de Portugal.

The Graff enried Manuscript C 69

L'un des Vaisseaux attaqué et pillé par un câpre franc ois. Contretems Premier.

Il faisoit alors un tems fort doux quoy qu'au mois de Jan- vier mais quand ils eurent passé le Canal, il survient un si terri- ble orage et des Vents si Contraires q'ils eurent 13 semaines pour passer la Mer, ce qui fust cause que ces pauvres Gens furent bien tourmentez et devinrent touts malades a quoy ne contribuast pas peu la nourriture salée a laquelle il n'estoient pas/ 5accou- tumez, et qu'ils etoient logés fort a étroit il en mourut plus de la moitié sur Mer, et beaucoup moururent pour s'être soûlés trop d'eau douce en arrivant a Terre, et de fruits crus; ainsi cette Colonie fust délabrée avant quelle fust bien établie. Et quand le reste de ces pauvres gens crurent être échappez, l'un de ces Vaisseaux qui estoit pourvu des meilleurs effects et des Colonistes des plus moyenés eust le malheur d'être attaqué et pillé par un Câpre Francois dans l'Embouchure de James River, en barbe d'un Vaisseau de Guerre Anglais, qui estant a l'ancre, et en partie dematé ne pus venir au secours. Voicy le premier orage d'Infortune.

Arrivée des Collonistes Palatins en Virginie.

Apres que le reste de cette Colonie s'estoit un peu repris, ra- frechis et raccommodé en Virginie ou ils avoient esté bien receus, ils ce sont mis avec leurs bagages et effects en Chemin pour Car- oline estants obligé de faire 20 miles par Terre, ce qui absorbast bien de Largent et causa des grands frais, n'ayant osez ce com- ettre en mer accause des Câpres, outre que les Eaux estant basses aux Embouchures des Rivieres de Caroline les gros Vaisseaux n'auroient pu passer ny entrer.

Arrivée des Pal: en Nord. Carol.

Estants dont arivéz en Caroline dans la Comté d'Albemarle sur la Riviere de Chouan auprès d'un Riche habitant Colonel Pollock du Conseil de Nord Caroline, il en eust soin et pourvust ce monde de touts les nécessaires mais pour de largent ou Valeur, et les mist dans des grosses chaloupes pour passer le sound (un

jo The Graffenried Manuscript C

lac ou petite mer entre les dunes et la Terre ferme), pour entrer dans la Comté de Bath ou ils furent places par l'arpenteur gen. sur une pointé de Terre entre les Rivieres de News et Trent, appelle Chattoucka ou après fust faitte la foundation de la petite ville de Newberne.

Les Palatins mal placés au commencement.

Mais l'Arpenteur gen : y fist une lourde faute ou plutost un tour de malice et d'avarice, car au lieu de placer ces pauvres gens chacun sur sa plantation qu'il leurs auroit deu marquer, affin de gagner tems et extirper et deffrischer leur Terrein, il les a logé par interest sur une partie de son propre Terrein, sur la cote de midi sur la Riviere de Trent, justement a l'endroit le plus chaud et le plus mal saint, au lieu quil devoit les loger au moins contre le Nord sur la Riviere de Neuws, ou ils auroient esté plus au frais : Et ce qui estoit fort mallhoneste a cett Arpenteur gen :/ "C'est que nous luy avions payé bien cher cette piece ou pointe de Terre consistant en environ iooo arpents de Terre resachant qu'il n'enst aucun titre pour cela et que cet endroit estoit encore habité par les sauvages, nous ayant vendu la Terre franche et persuadé qu'il n'y avoit point d'Indiens. Cest la ou ces pauvres Colonistes fur- ent obligé de séjourner jusques au mois de 7bre de même année dans la plus grande misère, obligez de ce défaire presq de touts leurs habits et effects pour ce pourvoir de vivres auprès des hab- itants voisins.

Il faut que j'arreste icy le cours de ma Relation, affin que ie puisse aussi dire quelq chose de ce que j'ay negotié plus par- ticulièrement a Londre, item de mon depart, de ce qui s'est passé et ce que j'ay remarqué dans mon voyage, et de mon arivée en Nord Caroline ce même Mois de fîre 1710, après on continuera en ordre.

8 Nayant touché qu'en passant ce que j'avois negotié a Lon- dre, ie diray quelq chose de plus particulier icy pourtant le plus succinctement que ie pourray : Il sera bon de distinguer un peu ks deux visées des Colonies proposées, de celle de Virginie, & Celle de la Nord Caroline.

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The Graffenried Manuscript C yi

Proposition de L'Etat de Berne, a la Reine pour un district de Pays, en Virg.

Pour Celle de Virginie nous avions des ordres de LL. EE. de Berne notre Souverain Magistrat de Sonder de sa Maj. La Reine de la Grande Bretagne si elle seroit disposée d'accorder a L'Etat de Berne un district de Terres pour la Colonie proposée avec Jurisdiction sous certaines clauses et sans dépendre d'aucun Gouverneur mais directement de la Reine ou son Conseil ; mais la Couronne ne voulant rien déroger de son Authorité et Gran- deur ne voulust s'entendre a cette Proposition, prétendant que tout devoit conformer aux Loix et Règlements du Royaume, ce qui fesant aussi de la peine a un Etat Souv : de sabbaisser d'au- tant, rien ne fust fait.

La Reine nous accorde en particulier des Terres sur la Riviere du

Potomack.

Cependant nous en particulier ma Société et moy, sous la Reccomandation ou par assistance de Monsieur Stanion Envoyé extr. de sa Maj : Brit : obtînmes de la Reine la permission de prendre des Terres en Virginie au dessus de la Chutte de la Riv- iere de Potomack sous les mêmes Conditions que les autres Res- sortissants de sa Majesté, dans le dessein de partager notre Col- onie pour des bones raisons, mais corne on nous fist espérer plus d'advantage de la Nord Caroline et que ces Terres estoient a beaucoup meilleur marché, outre que nous y avions quelq Juris- diction et privileges particuliers, nous Commençâmes par la et l'issue fatale fait voir que nous aurions mieux fait de co- mencer par Virginie d'autant que nous y aurions esté plus en seureté et mieux soutenus en cass de danger par la Couronne que par des particuliers en Caroline même la situation suivant le plan que j'en ay fait, ne cedoit rien a celle de Caroline ny en beauté ny en bonté Cependant touttes ces demarches que dessus, me cousterent bien des pas inutiles de la peine et des frais, pour a la fin n'obtenir qu'un ombre de faveur, car lors que nous vouillions faire asseurer et arpenter les Terres sus mentionées il ce trouva

72 The Graffenried Manuscript C

qu'elles estoient desia prises par Mylord Coulpeper : tellement qu'il en faloit chercher la plus grand partie en Maryland, Pays appartenant en propriété a Mylord Baltimore : Il est vray que nous en fismes encore marquer & asseurer en d'autres endroits assez bons en Virginie mais éloignez des Plantations Chrest- iennes./

10 La Caroline par un don gratuit remise de Charles II. Roy d'Anglet: aux Scig>'s- Prop.

A l'égard de la Colonie pour la Caroline ie n'eus pas moins d'embarass de peines et de frais, quoy que pourtant les Lord Propriétaires ayent esté bien disposez a me favoriser. Je crois qu'avant que dentamer cette negotiation, il ne seroit pas hors de propos de dire quelq chose de leur Pouvoir et Privileges cest ce qu'on voit amplement dans la Relation au journal imprimé de larpenteur general Lawson, ou est copiée la Charter, ou acte ac- cordé par le Roy, Charles II. Cette grande faveur et haute Juris- diction, qu'aucun particulier ny seigneur des 3 Royaumes n'a, a esté accordé a ces Mylords et Seigneurs, qui ont rappelle ce Roy de son exile, et ont favorisé son Retour dans le Royaume. Ce Roy nayant voulu être ingrat envers ses bienfaitteurs n'a sceu cornent les mieux reccompenser que pour une faveur si sin- gulière en donant et remettant la Province de Caroline a ces Seigneurs en pleine possesion, Authorité et pouvoir absolu corne le Roy même l'avoit possédée, aussi ont ils le Titre, Corne s'en suit.

A Son Excellence N : N : Palatin, et aux autres Véritables et absoluts Seigneurs Propriétaires de la Province de Caroline dont il y a 2 Gouvernement du Sud et du Nord.

L'un des Chefs de ces Seigneurs Prop : estoiet au Comence- ment Le General Monck Duc d' Albemarle. E'estoit luy qui pré- senta la Courone qu'il avoit fait faire au Roy a son Entrée au Royaume, laquelle on garde a la Tour de Londre auprès de la veritable du Royaume et que j'ay veue, on les montre toujours touttes deux anx Etrangers curieux.

The Graffenried Manuscript C Ji,

Grands Privileges des Lords Prop. Substance du Traitté fait avec Les Lords Prop.

Entre d'autres Privileges que ces Seigrs. Prop, ont est le pouvoir de créer des Cassiques, des Comtes, Barons, Chevalliers & Gentilshomes en ces Provinces & Ceux qu'ils veulent bien favo- riser ils les font corroborer et registrer dans la Heroldrie Royale, Corne ils ont fait a mon égard, lors que pour me procurer plus d'Authorité auprès de mon Peuple, ils m'honorèrent des titres de Landgrave de Caroline, Baron de Bernbery, et Chevallier a l'imitation du cordon bleu d'Angleterre, du Cordon pourpre avec la Médaille, corne mes Patentes en font foy: mais le mail est qu'avec ses titres il n'y a pas un Revenu proportioné : tout le bien qui m'en est provenu et qu'ils m'ont doné le premier rang après le Gouverneur dans la maison haute des Parlements de la Province et m'a conservé du Respect auprès des Ressortissants ; Car ayant au comencement paru au Parlement sans Cordon, j'y fus bien receus, mais en certaines occasions ie ne fus pas obéis corne cela ce devoit, C'est pourquoy on m'advisa de porter le Cordon/ net la médaille quand ie paroitray dans les assemblées ce que ie fis, et j'apperceus incontinant leffect car certaines gem qui n'avoient assez respecté mes ordres vinrent après pour m'en demander pardon a genoux. C'est assez de l'Authorité & pouvoir de ces seigrs. Prop : Je diray succinctement quelq chose de ce au'il m'ont accordé notre Traitté estant trop ample pour l'inserrer icy. i°. Ils m'ont vendu 15000 arpent terre choisie que j'ay fait arpen- ter sur la Riviere de News & Trent, et 2500 acres sur Weetock River, a 10 livres Sterlins le 1000, ou une livre sterl: p cent acres, & 6 sols par 100 arpents cence foncière, ce qui fait la somme de 1751b sterl: ce que j'ay d'abord payé content. 20 II y a eu une reserve de 100 mille acres a choisir entre ces Rivieres cy nomées et Clarendon R. pour le même prix, et pour cela, j'ay eu 7 ans de terme pour faire le premier payemt. & des la 7e : jusques a la 12e le tout devoit être payé. 30 Les différents qu'auroient mon Peuple avec les Anglois ce dévoient terminer devant les juges Anglois, mais ce que mes Colonistes auroient de difficulté entre Eux cela ce terminerait entre Eux ou par de-

74 The Graff enried Manuscript C

vant moy: La haute Jurisdiction ou faits criminels a mort ré- servez aux Seigrs. Prop: 40. Liberté de Religion et d'avoir un ministre de notre Pays qui pourrait préscher en notre langue. 5°. Droit de Ville et marché ou foire a Neuberne. 6°. francs de toutte taille et impots, dimes & Cences, hormis les 6 sols p 100 acres annuellement, comme sus dit. 70. Les Seigrs. Prop: ou la Province par leurs ordres me dévoient fournir pour 2 ou 3 ans de provision de vivres et bétail, pour moy et toutte la Colonie moyenant restitution après le terme prescrit.

Quelques articles du Traitté avec les Palatins.

J'avois aussi un Traitté particulier et bien exact avec les Palatins lequ'ell fust projecté examiné & arrêté, devant & par la Comission Royale trop ample a inserrer icy, seulement en sub- stance ce qui suit. i°. mes Colonistes me dévoient fidélité obéis- sance et Respect, et moy la Protection 2°. Je devois fournir chaq famille de provision pour la premiere année, d'une Vache de deux Cochons, & de quelques utencils, moyenant restitution après 3 ans. 30. Je devois doner a chaque famille 300 arp: de Terre et ils dévoient me livrer pour Cence foncière 2 sols par acre, en contre ie devois supporter les 6 sols p 100 acres de reconnais- sance envers les Seigrs. prop, come desia sus dit ; pour ce qui est du transport et nouriture de ma Colonie iusques en Caroline la Reine la gratifie & 30 shellings pour habits a chaq persone gros et petits./

12 Le Chevalier Fyper nous fournit 2 Vaisseaux et les vivres.

Apres cela il Sagissoit de ce pouvoir de bon Vaisseaux, et il se présente une persone de ma Connoissance, le Chevallier Fyper qui entrepris de fournir deux Vaisseaux, bien équipez avec la provision de vivres nécessaires mais tout cecy ne pust estre exécuté avec telle régularité corne on lauroit souhaité. Corne ces Seigrs. les Directeurs ou proved iteurs de cette foule de monde, qui se trouva alors a Londre avoient assez affaire a pourvoir tant de 1000 âmes, l'Argent comenca a devenir rare, tellement que notre bon Chavallier qui fist ces provisions a Credit dans la ferme

The Graff enried Manuscript C 75

persuasion que l'argent luy serait livré a tout terns qu'il demande- rait, fust bien surpris de ce voir renvoyé tant de fois, ce qui dura même plusieurs mois, tellement que ces Créditeurs luy firent dé- noncer les arrests ce qui fust même exécuté pour 24 heures, Le Chevallier tout allarmé de ce procédé vient un mattin pour m'en faire de même ce tenant a moy pour touts ces inconvénients, ce qui me mist bien en peine. Corne alors ie me trouvay à la Cam- pagne pour prendre l'air et me reposer un peu de mes fatigues, je me hastay pour aller a Londre pour représenter aia Commis- sion Royale mes griefs sur le retard du payement de cett argent : on me dona des bones paroles, mais il ce passèrent encore plu- sieurs semaines avant que largent promis fust livré au Chevallier Fyper qui ne manqua pas de jour a autre de presser les Trésoriers a la fin le tout fust bien conduit et a souhait.

Apres que ma Colonie fust partie dans les vaisseaux men- tionez ie me preparay aussi pour les suivre, après avoir disposé mes affaires particulières et pris Congé d'une partie des Seig- neurs de la Commission Royale & des seigrs. Propriétaires de Caroline.

Traitté fait avec Will: Pe-nn et ma Société, il n'est pas fait

mention.

Je passe icy sous silence un Traitté fait avec William Penn Propriétaire de Pensilvanie pour des Terres et des mines; Et du Traitté particulier que j'ay eu avec une société de Berne sur la quelle ie me reposois pour en avoir l'assistance nécessaire dans une entreprise la quelle je me trouverois trop foible de soutenir, mais il auroit esté bien mieux pour moy de massocier pour un fait de cette importance avec quelq persone moyennée et enten- due d'Angleterre la quelle ne ce seroit peutetre pas laisser épou- vanter si viste de mes Contretems, corne ces Messieurs./

13 Mon depart de Londre Netvcastle. Curiosités dans la maison de

Campagne du Comte d'Essex.

Mes Colonistes Palatins estant partis au mois de Janvier

1710 je les suivis et partis de Londre a la fin du mois de May

même je me servis pour cela d'une voiture très comode, presq de

?6 The Graff enried Manuscript C

même que celle de Paris a Lyon. Je ne puis demoins que de parler icy quelq chose de ce que j'ay observé en ce petit voyage. Un Dimanche quil falust rester a une petite Ville nomée Harford, ou près de la il y a la maison de Campagne du Comte d'Essex fort antique que ie fus curieux de voir et j'y fus receu civilement: dans ce Palais magnifiq i'observay dans un grand dome des pein- tures grandes et extraordinaires dans le Cabinet du Comte quanti- tés de pieces rares et antiquitéz très curieuses ; et dans une grande sale ie crus voir sur une table de marbre un lutt de fluttes & autres instruments avec des livres déployez de musique, item un jeu de carte déployé, une bource de jettons plusieurs pieces d'argent & plusieurs autres gentillesses très bien faittes et quand ie viens plus près de la table ie fus bien surpris de voir la l'ouvrage dun second Appelles, que ces pieces que ie croyois effective n'estoient que contrefaittes en peinture, ce qui fust ou me sembloit le plus curieux est que la superficie de cette table de marbre estoit si bien polie qu'on auroit cru que c'estoit des peintures dessous un verre ou une glace, et on y pouvoit verser de leau sans gaster la table ny la peinture, asseurement il faloit que cela fust peint d'un vernis merveilleux. Apres avoir veu le reste du Palais et esté raffreschis d'une belle Colation et de bones liqueurs ie fis mes Compliments et pris Congé pour suivre ma routte.

Apres quelq journées nous vînmes a York Ville antique assez grande et bien peuplée, ou jeus seulement le tems de voir la Cathédrale d'une très belle structure ou j'attendis justement une très belle symphonie au Vepre et messieurs les Chanoines my firent Civilité; des la nous vinmes a Durham assez jolie Ville la Catedrale est assez belle, L'Eveq de ce lieu a le titre seul dun Prince hormis celuy de Galle en Angleterre aussi a-il la prudence sur touts les Eveques hormis celuy de Londre : & après il ny eust rien de remarquable jusques a Neucastle.

New Castle Neu Castle est une Ville grande bien peuplée, Riche, mar- chande, bien située au bord de la Riviere de Tyne qui s'égorge dans la Merr, toutt abonde en cette ville on y fait bone chose et a bon marché le saumon y est en abondance, cett Ville est remar-

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quable par houille au Charbon de piere qu'on y trouve il en part des flottes entières pour fournir la Ville de Londre et voisinage de ce charbon, et les Charboniers y sont en si grand nombre quil failoit alors y tenir garnison pour les tenir en bride il y a des con- cavitez si terribles par qu'on diroit que c'est l'antichambre des Enfers, et il faut qu'un Etranger aye bon courage/ 14 d'y aller bien avant, on y fait aussi quantité de Sell marin et il y a plusieurs verrières et d'autres fabriques, outre les marchands il y a aussi des persones d'un autre rang bien Civiles, et honestes, avec les- quells on passe agréablement son tems; de 15 jours que j'y ay esté, ie ne saurais assez me louer des Civilitéz qu'on my témoigna ; Un des Chefs de la ville Alderman Fenwick me regala magnifique- ment et me procura plusieurs divertissements principalement d'une belle symphonie de musiciens persones de qualité. Il y a aussi un très beau boul en green, une très belle promenade ou il y a un jeu de boule entourée de plusieurs rangs de tilliots, et cela sur la hauteur de la ville, ou il y a une très belle vue. Cependant ie n'y ay pas esté sans chagrin que me causast le Capitne du Vaisseau qui transportoit mes Colonistes suisses, il en estoit aussi le pro- priétaire bourgeis de Boston Capitale de la Nouvelle Angleterre, sans la mediation de ce galant home Mr. Fenwick j'estois pour moy ruiner en process avec ce Capite. on avoit desia composé et conclu avec luy qu'il fournirait touttes les provisions nécessaires depuis Roterdam jusques en Amérique, Cependant lors qu'il aborda a Neuw Castle pour ces propres affaires tant pour y dé- charger des marchandises que pour en prendre d'autres pour Boston et partie de provisions de vivres qu'il aymoit mieux y prendre qu'en Hollande y estant en effect meilleurs & a meilleur marché ayant esté obligé de sy arrester près de 4 semaines, Il pre- tendoit que nous y fussions a nos propres frais avec toutte notre Colonie Suisse, ce qui me causa bien de lembarass.

Mon depart de Newcastle.

A la fin nous estant accomodéz tellement que nous partimes au commencement de Juillet pour L'Ameriq a l'embouchure de la Riviere de Tyne nous nous arrestames quelques heures pour faire provision de saumons tant verds que secs en un bourg situé

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au bord de cette Riviere ou il y eust une si grande quantité de saumons que tout le bourg en estoit tapissé les séchant au soleil devant les maisons aussi bien pour les exposer a la vente.

Rencontre de 3. Flottes. Nous sortimes de L'embouchure environ les 3 heures du soir par un vent favorable et un très beau jour, quand nous fumes sur la hauteur de la Mer nous vimes quelques Vaisseaux tant plus que nous les approchions tant plus nous en decouvrimes a la fin passant outre nous nous trouvâmes entre 3 flottes, celle de Hollande qui estoit en ligne assez nombreuse qui venoit aux Costes d'Angleterre pour prendre du harang, entremêlée de Bâti- ments de pécheurs et de distance de vaisseaux de Guerre, d'un autre Costé estoit celle des Charbonier/ 15 qui revenoit a vuide de Londre: Et d'un Coté: celle pour Moscovie. Le Soleil qui s'en alloit coucher y donant a plein et le Vent ayant cessé, c'estoit le plus beau spectacle qu'on put voir, ces grands vaisseaux de Guerre parmy ces autres bâtiments paroissoient corne autant de superbes Chatteaux parmi des maisons médiocres et le tout en- semble paroissoit corne 3 belles Villes, basties sur Merz, le lende- main qui estoit un dimanche, d'un beau Calme, le Commandeur Anglois de la flotte de Moscovie dona le signal et touts les vais- seaux déployèrent leurs Pavillons corne de coutume a ce jour, après la devotion Les trompetes, haubois & tambours ce firent en- tendre on ce visita les uns et les autres, comme si on auroit esté en ville on passa le tems si agréablement que j'aurois alors sou- haitté d'etre toujours en merz : mais contre le soir il s'éleva sou- dain un Vent impétueux que ceux qui estoient en visite eusent assez de peine de ce sauver dans leur barquets pour se rendre dans leur navires, et même un bon biberon qui avoit de la peine de quitter sa bone liqueur pour avoir trop tardé, fust d'obliga- tion de rester dans les bastiment ou il estoit en visite et fust contraint de prendre un autre routte malgré luy. Pour nous qui estions en dessein de faire voile nord about cest a dire contre le nord au dessus des Isles de Shettland primes partis pour notre seureté de nous mettre parmis la flotte de Moscovie la quelle pour éviter les Francois avec qui on estoit en Guerre alors au

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lieu de passer la merz Baltiq prist son tour aussi par le Nord, nous estions 7 Bâtiments destinez pour L'Ameriq qui fîmes voil de compagnie avec eux qui estoient destinez pour Danemark, Suéde et moscovie; A la hauteur du Nord d'Ecosse nous nous séparâmes après avoir salué le Comandeur de la flotte mar- chande, de nos Cannons qui est lordre usité, Eux vinrent contre Nordoest et nous au nord et nordwest ; cependant corne le Vent ce changea en oest il nous fust si favorable, quau lieu de prendre notre routte par dessus les Isles de Shettland nous coupâmes et passâmes entre ces Isles et celles des orcades, pourtant la nuict mais heureusement, Dieu en soit loué.

Rencontre de 5 Vaisseaux venant de Jamaiq.

Quand nous fumes sur une certaine hauteur au dessus d'Ir- lande, nous vismes de loin paroitre quelq Vaisseaux faisants voil contre nous, cela nous mist en allarme ne sachant sils estoient Ennemis ou amys, nous primes d'abord nos licts et matelats pour border notre vaisseau, ce qui nous devoit servir de rempart et nous nous mires en aussi bone posture qu'il ce pust pour nous deffendre, nous en eûmes une petite peur accause que de 5 Vais- seaux que nous vismes, il y en eust avec les banderoles blanches, Couleur de France, quand nous fumes a portée d'un Canon, Le Commandeur/ 16 de cette flotille tira un coup perdu pour Signal que nous devions le reconnoitre, mais ny repondant pas, il tira un second en sérieux et nous pris a presq le grand mas, alors il faloit ce soumettre et nous repondimes de nos petit canons, arborant notre pavillon Anglois, et tendant le contre voile dans un moment le Comandeur nous joignist si près qu'on pust s'entre parler, et corne il ne fist pas grand Vent pour faire Civilité au Comandeur nous l'invitâmes de monter notre vaisseau, ce qu'il ne refusa pas estant bien aise de ce régaler de notre bone bière f resche angloise, et d'une piece de saumon a la marinade pendant ce petit intervalle ie pris mon tems pour écrire en Europe et remis ma lettre a ce petit Comandeur (qui accompagnoit 4 ou 5 autres Vaisseaux Ecossois & anglois venants de Jamaiq, Barba- dos, et autres endroits ) et ma lettre fust bien remise a la poste et

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parvenue a Berne. Contre le soir nous nous quittâmes, et chacun prist sa routte.

J'avois fait beaucoup de remarques de ce que ie vis sur Merz et de ce qui s'estoit passé en ayant fait un journal assez curieux mais le malheur voulust que une petite malle ou coffrete dans lequell il y avoit encore plusieurs raretéz d'amerique avec des autres papiers et quelques hardes, s'est perdu, quoi qu'il fust bien reccomandé a un capite. d'un Vaisseau qui parti de Virginie ne layant pu prendre avec moy accause que j'avois un grand voyage a faire depuis Williambourg Capital de Virginie iusques ala nouvelle York, par terre, estant desia surchargé de hordes tant que mes deux chevaux purent porter, ainsi ie ne feroit mention que de quelq peu de chose dont ie m'en souviens bien que ie crois assez dignes de la Curiosité du lecteur, au reste il y a tant d'auteurs qui ont écrit des Merveilles de la merz, que iy renvoyé le lecteur.

Oiseau Tropiq.

Seulement diray ie a ceux qui nont pas lu ces Autheurs, que quand nous sommes venu sous la ligne Tropique du Cancer, ou sur une certaine hauteur de la Mer entre cette ligne et celle du pole Arctiq, nous y vismes des oiseaux blancs de la grosseur d'un Courbeau qui mêmes ce vinrent poser sur notre mas, les mattelots les tenant pour oiseaux de bon augure et ne souffrent qu'on tire dessus, ce qui est le plus remarquable est qu'on revoit ces oiseaux que sur cette hauteur de la merz et non pas autre part.

Oiseaux de mauvaise augure. Mais pour oiseaux de mauvais augure il y a en a d'autre plus petits noirs avec un peu de blanc qui volent ca et la sur la merz et autant de fois qu'on les voit voler a l'entour du vais- seau et principalement sus le devant, on observe qu'ils présagent rien de bon, mais du maivais tems, ou tempeste ou terrible orages, ie pris cela au commencement pour des fables mais l'ayant remarqué moy même a diverses fois, ie suis presq obligé dy adjouster foy, ie crois au fond, si on voulloit philosopher la dessus qu'on trouveroit des raisons naturelles, de ces sortes d'événements./

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17 Un poisson !e Dauphin. J 'ay encore observé une chose remarquable en un poisson nomé Dauphin, ce poisson est très beau dans leau ayant la Couleur de l'Iris, quand il suit un vaisseau il ne se tient qu'a deux pieds de la superficie de leau, C'est un charme de le voir nager, il est tou- jours accompagné de quelques petits poissons qui se tienent tou- jours près du Gouvernail et ne quittent pas ce poste que le Dau- phin s'en aile ou qu'il soit tué. Nous en primes un avec un tri- dent, et voicy corne on les prends, le baton ou perche ou est affiché le trident est attaché a une longue Corde, et lors que le Dau- phin nage assez près du vaisseau, un mattelot, ou qui voudra pour veu qu'il aye l'adresse, jette le trident contre le Dauphin quelq fois on l'attrappe du premier coup, assez souvant on y manque, quand on la piqué, on retire la corde et on le levé aussi beau que ce poisson est dans leau aussi vilain est il hors de leau, mais bien bon aprestéz nous en fines bone chère, tant plus jeunes tant meil- leurs et plus délicats. On y voit aussi des poissons volants, et tant d'autres sortes et chose merveilleuses a observer sur merz qu'on en feroit un volume ; quand il y avoit du calme ou seule- ment quelques petit air ie me plaisois a regarder et examiner tant de sortes d'insectes et autres choses provenantes de l'écume de la Merz; En certains endroits on voit des herbes et fleurs extraordinaires, il est surprenant ou ces herbes prenent racine au millieu de L'océan ou il y a de si terrible profondeurs :

Convents de Merz.

On appercoit en plusieurs endroits des Courents si forts que des habiles maitre de Vaisseaux ce détournent quelque fois de leur routte s'ils ne prenent bien garde, mais le plus curieux seroit de scavoir d'où vienent ces courrents. Ils y en a un qui vient du Golf de Mexique, mais pour dautre on y peut encore pénétrer d'où ils viennent.

R'envoyant le Curieux aux Autheurs qui ont écrit ample- ment des raretéz de la Merz, je continue ma routte. Quand nous vinmes a la hauteur de Terre Neuve on me montra a peu près les grands bancs de cette Isle, ou il se prend une si grande quan- tité de morues dont la France et L'Angleterre ce pourvoient.

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Un capre francois nous suit.

Par la un Capre Francois nous suivist une journée entière mais n'ayant eu le Vent favorable, il ne nous pust atteindre. Cependant nous appréhendions beaucoup. C'est pourquoy nous Consultâmes par ensemble et la Conclusion fust q'aussitost que le soleil seroit couché nous baisserions peu a peu & insensible- ment les voiles, affin que contre la nuit le Capre nous perdist de vue, et come sans doute il nous suivroit toujours contre le Continant il faloit changer de routte : aussitost qu'il fust obscur nous tendimes touts nos voiles et rebroussâmes chemin pour 3 ou 4 lieux et prenant / 18 le haut de la merz nous fîmes nos efforts pour gagner la gauche du Capre et prenant en droiture contre Virginie nous echapames de ses mains; car nous aurions eu le dessous n'ayant eu que 4 Canons dans notre Vaisseau.

Découverte de la terre ferme en Ameriq. Entrée dans la Riviere de James et arrivée à Quiquetan en Virginie.

Peu de jours après nous découvrîmes le Courant, des herbes des hyrondelles de merz et bientost après des Canars et d'autres sortes d'oiseaux deau, qui est une marque seure qu'on n'est pas loin de Terre ferme, aussi fîmes nous monter un petit garçon tout au haut du mas qui ne pust rien découvrir encore, mais quelq tems après montant pour la seconde fois il remarqua du Terrein qui sembloit être une petite nuée, bientost après recconnoissant mieux que c'estoit du Terrein il cria "ou Rée" qui est le mot de joye ou d'aplaudissement des Anglois, et demanda pour boire ou un etreine. Nous nous aprochames du Continant et côtoyâmes les Provinces de Pensilvanie, Jersey et Maryland, iusqu'a ce que nous découvrîmes Cap Henry en Virginie a la gauche de L'em- bouchure de James River, Un vent de Nordoest nous favorisant nous entrâmes fort bien en cette Riviere et arivames heureuse- ment a Guiquetan présentement nomé Hampton un bourg assez joly le premier a lentrée de Virginie, après un Voyage ou passage de deux mois fort heureux n'ayant eu qu'un seul orage qui n'a duré qu'une couple d'heures, et n'ayant point eu de maladies nous y restâmes une nuict et un jour pour nous raffreschir.

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Nunstmund.

Apres avoir fait scavoir au Lieut: Gouverneur de Virginie notre arivée et luy remis la lettre de la Reine, le Gouverneur ayant été absent, nous descendimes la Riviere et entrâmes dans celle de Nunsimund cest la ou nous dechargames le Vaisseau de nos provisions et hardes et ou le Capite. du Vaisseau prist congé de nous prenant la routte de la nouvelle Angleterre pour se rendre au Lieu de la naissance a Boston Capitale de cette Province. Et nous Louâmes des barques pour charger nos hardes & provi- sion pour les faire mener avec notre monde a une maison qu'on nous indiqua être la plus proche, chez un nomé Hamstead galant home qui nous receust fort bien et nous accomoda très bien tant pour les Vivres que les voitures pour des la prendre notre Chemin par Terre en Caroline./

19 Arrivée a un Village aux frontières de Virg. et Carol: Sommer

Town. Aussitost que nous fumes arivéz a Sommertowne un village aux frontières de Virginie et Caroline une petite bande d'habitants de Nord Caroline me vinrent saluer et inoffrirent le Gouverne- ment représentants entre autres raisons persuasives que cela m'es- toit deu puisq dans un interrègne & aussi en absence du Gouver- neur Le Landgrave occupoit toujours la premiere place et ten- noit le Presidial. Je replicquay, que quand bien j'estois revêtus de cette digneté de Landgrave, que ie ne voullois pas me prevalloir présentement de ce Titre, Leurs remerciant civilement de l'hon- eure qu'ils me faisoient, je leurs representay a mon tour que Monsieur Hyde, nouveau Gouverneur ce trouvoit desia en Vir- ginie et qu'estant témoin occulaire corne il avoit esté eleu tell des Lords Propriétaires & que dans l'appartement de ces Seig- neurs j'avois eu l'honneur de le féliciter et d'autant qu'il estoit encore proche parent de la Reine approuvé et confirmé da sa Majesté, que ce seroit de mauvaise grace a moy m'ingerer dans une affaire de semblable nature; Et quand bien ce Seigr. n'avoit pas encore sa Patente qu'elle suivrait bientost, qu'ainsi les habi- tants de Nord Caroline ne dévoient pas faire difficulté de le rece- voir pour leur Gouverneur. Et cela tant plus facilement accause

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que Monsieur Le Gouverneur Tent avoit desia notifié au conseil de Nord Caroline l'élection ou Etablissement de Mr. Hyde, mais come ces gens estoient la plus grand partie des Nonconformistes, n'aymoient pas d'avoir un si grand Toris pour Gouverneur ma reponce ne leur plust pas, après avoir fait collation avec moy ils prirent congé et s'en retournèrent chez Eux.

Arrivée à Chouan chez Colonell Pollock. Peu de jours après j'entray aussi plus avant dans la Province avec mon monde, et m'arrestay dans la Comté d'Albemarle sus la Riviere de Chouan après du Colonnel Pollock du Conseil et des plus moyennez de la Province. Incontinant on tint Conseil et on me pressa fort d'y assister quoy quen une affaire si delicatte ie n'en voulus pas être alors aussi quand nous fumes en seance on me fist un plan de la situation des affaires de la Province, d'alors, et je n'eux pas bien de la peine a deviner qu'ils auroient bien souhaitté de ménager dans leurs Partis, tant accause de mon Caractère, aussi bien que de la quantité du beau monde que j'avois avec moy et a ma disposition, car par la je pouvois faire le balanc de quell coté que ie me jetterais./

20 Lettre au Colon: Cary pour le disposer a prendre meill, partie. Apres avoir bien raisoné sur les matières de question on trouva bon que i'ecrivois une lettre forte au Colonel Cary, alors Lieutenant de Gouv. qui voulloit ce procurer le Gouvernement par force, pour luy représenter son devoir & que s'il ne voulloit ce ranger et ce conformer a la raison, que ie ne porrois de moins que de me jetter avec tout mon monde du coté de Mons : Hyde le nouveau Gouverneur etc.

Col. Cary avec ses adhérants reconnaît Mr. Hyde pour President. Ce qu'ayant fait cela luy fist prendre d'autres mesures me faisant pourtant une reponce bien fiere, ayant fait reflexion sur son procédé hardis, il s'en rependit un peu et nous en vinmes a la fin a un accomodement qui fust souscrit et signé de part et d'autres. La substance en estoit; Que Col. Cary avec ses ad- hérants reconnoitroient Mons. Hyde pour President du Conseil en attendant les ordres plus preciss des Seigrs Propriétaires etc.

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Depart de Chouan. Dans cett intervale ie poursuivis mon Voyage vers le quar- tier ou ie m'estois formé le dessein de m'établir avec mon monde a News d'où les Palatins m'avoient écrit aux instantes prières de me haster, pour leur procurer les vivres nécessaires dans la dernière extrémité ou ils ce trouvoient ; Je fis dont quelques pro- visions mais n'en pus pas avoir a suffisance pour tant de monde.

Arrivée a News trouve la Colonie palatine dans des grandes extrémités 2d Contre teins. Je ne scaurois assez exprimer L'Etat triste et deplorable dans lequell j'ay trouvé ces pauvres gens a mon arivée presq touts malades et dans l'extrémité et le peu qui restèrent bien portants désespérez. Dieu le scait dans quell Labyrinthe, voire danger de ma Vie, ie me suis trouvé alors : Je laisse a pencer le lecteur de quelle manière ma petite Colonie Bernoise regarda dans ce jeu, qui jusques alors ne manquèrent de rien, leur Voyage ou passage ayant esté heureux des le commencement jusques a leurs arivée en Caroline, la Saison bone et belle, bien fournis de touttes pro- visions, bien ecquipes, bien placess au large sur le vaisseau, pré- sentement de voir un si triste spectacle devant Eux ou maladies, disette et desespoir estoient dans l'extrémité;

Ce qui augmenta encore le mail est que ces pauvres Palatins ayants employé la plus grande partie de leurs habits pour s'achep- ter de vivres dans la plus grande nécessité, furent bien déconcer- tez, lors qu'ils virent que les Directeurs sus noméz ayants la plus grand partie de leurs effects encore en mains, les retenoient, mais principalement un N. R. sous prétexte de ce reserver une bone partie pour ces peines et frais, et quand ie demanday a faire Conte/ 21 il me renvoya si souvant qu'a l'heure qu'il est le Conte n'est pas encore réglé, et cela luy fust bien facile accause des troubles survenus, il faut qu'il ce soit bien accomodé de ces four- nitures des Palatins puis qu'avant qu'il eust ses Effects en main il vivoit petitement et quapres il fist le gros monsieur : Il garda ses effects iusques a mon arivée et quand ie les voulu faire am- mener a notre lieu de residence ie ne les pus avoir partie seule- ment qu'a main armée et par force, même ne les pus avoir touts

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quelle plainte que i'en fis au Gouvernement accause qu'il estoit de la Magistrature.

Ce qui fust cause de touts ses malheurs, fust la méchante Conduite et infidélité dune partie des Inspecteurs dont le N. R. en fust aussi un que ie nomme pas accause de son Parantage con- siderable, supérieur et inférieurs, mais surtout la Témérité, in- fidélité & avarice et legerité du Colonel Cary, d'où sont non seule- ment provenut touts les autres malheurs mais la Ruine totale de moy et de ma Colonie et presq celle de toutte la Province. Cett home déterminé ce prevalust alors de la mort du Gouverneur Tent Gouvern1" de Soud Caroline et de celle du Gouv. de nord Caroline (pour s'intriger contre droit et justice et contre les ordres des Lords Prop.) dans le Gouvernement même come ie lay de bone part en dessein de faire la bourse des revenus des Lords Prop: et s'en aller a Madagascar endroit ou Residence de touttes sortes de voleurs et Pyrates.

Col. Cary rejit touts les ordres des Lord, prop: et causes. je contre- tons Capital.

Ce même Col. Cary, Lors que le nouveau Gouverneur Mons. Hyde, les 3 Directeurs sus mentionés et moy voulûmes produire devant luy et le Conseil nos Patentes ordres et lettres en mépris des ordres des seigrs. Prop : nous renvoya effrontément sans nous voulloir écouter ce mocquant de touttes nos protestations : telle- ment que touttes les belles promesses des Lords Prop, sur les- quelles ie m'estois fondé, sur lesquelles touttes mes Entreprises voulloient furent frustrées et devinrent rien ; ce qui me mist avec toutte ma Colonie dans des terribles embarass et peines inex- primables & ce qui eust influence sur touttes les Traverses qui ari- verent depuis.

A la fin ce Col. Cary devient Rebelle ouvert et déclaré, ce procurant une ligue de Rôdeurs & de mutins par le moyen des promesses et bones liqueurs ; tellement que le nouveau Gouv. mons. Hyde, n'sa entreprendre de ce mettre en possession de son Gour- vernement par force : et cela tant moins accause qu'il n'avoit pas encore sa Patente preste, quoyque les ordres estoient desia émanez en vertu de quelles Mr. le Col : Tent Gouverneur de Sud

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Caroline le devoit installer qui come desia sus dit avoit écrit a ce sujet au Conseil de Nord Caroline, mais le malheur voulust que ce même Gouverna Tent suivit bientost celuy de Nord Caroline et mourust subitement, ce qui fust cause ou plutost une occasion pour trainer ces Rebellions et desordres./

22 Cett Interrègne cependant ne m'accomoda pas, et dans une si pressante nécessité & disette (ou accause des troubles que cette Rebellion causa chacun garda ses petites provisions pour soy) il estoit question si je voullois risquer ma vie et lais- ser toutte cette Colonie a l'abandon, voire les laisser périr de faim, ou si ie me devois endebter pour tirer ces pauvres gens d'affaire dans une semblable extrémité.

provisions de Vivres depuis Pcnsilvanie Virginie etc. A un honest homme il n'y avoit pas la matière de hésiter et corne par bonheur ma Reputation estoit assez bien établie en Ameriq et que mon dessein fist grand bruit j'envoyay d'abord en Pensilvanie pour Provisions de farine ou par bonheur j'avois desia doné ordre depuis Londre par precaution et aprehension que peut être les choses ne setoient pas si bien établies en Nord Caroline come on men faisoit croire : Je n'ay pas manqué d'en- voyer aussi en Virginie & dans la Province même pour me pro- curer les Provisions nécessaires, mais tout cela traîna si long- tems que pendant ce tems ces nouveaux Colonistes furent obligé de vendre encore partie des hardes & marchandises (quils avoient achetée a Londre pour faire profiter le peu d'argent qu'ils avoient) pour ce procurer les vivres nécessaires des habitants voisins pour ne pas mourir de faim.

Terres distribuées et arpentées aux colonistes. Dans cette intervalle de tems ie mis ordre pour faire ar- penter les Terres, en distributant a chaque famille sa portion, affin qu'ils ne perdissent pas leur tems & qu'ils puissent extirper les bois, bastir leur maisonettes etc. A la fin on m'ammena des provisions en graines, sels, beure, porc salé & plusieurs sortes de legumes pour bien de l'argent : Pour ce qui est du bétail on eust de la peine a ce pourvoir, nos gens ne voulant l'aller quérir ou on l'auroit pu trouver et moi ie ne pouvois le leur livrer devant

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leurs portes : Cependant on trouva des expedients et on s'accom- oda si bien, quen 10 mois nos Colonistes ce logèrent & s'etblirent si bien qu'ils advancerent plus en ce peu de tems que les habitants Anglois en plusieurs années. Par exemple dans toutte la Pro- vince il n'y eust qu'un seul méchant moulin a Eau, les plus moyen- nez se servent de moulins a mains et les pauvres sont obligez de piler leur graines dans des mortiers de chesne ou troncs de bois creusez et au lieu de passer le plus fin par un tamis, le passent seulement par un espace de pannier a quoy on perd beaucoup de tems. En contre nos gens cherchèrent dabord des vaisseaux comodes pour y faire un espèce de battoirs, ainsi par le moyen de leau ils pouvoient battre ou piler leurs graines et employer le tems a autres choses, ce qui leurs fist beaucoup de bien : Et moy iavois desia commencé a construire un moulin d'eau très comode./ 23 Mais helas ! quand nous espérions de jouir des effects de nos travaux après bien de peines, frais et soin, nonobstant tant de traverses et inconvénients : Lors qu'il y avoit très belle apparence d'un heureux Etablissement survient le 4e orage d'infortune par les Indiens, tramez par une noire trahison provenue de la vengeance et jalousie des adhérants Rebelles du Collonel Cary, Autheur de touts nos malheurs. Cette advanture Tragique sera suivie dans son ordre pag. 37 & 43.

Pendant que de mon coté ie fis touts mes efforts pour étab- lir ma Colonie corne ie viens de dire, d'autre coté on écrivit a Monsieur Hyde en Virginie ou il avoit fait quelq séjours en atten- dant une meilleure issue de sa pretention, qui ne manqua pas de ce rendre avec sa Famille au plutost en Caroline sur la Riviere de Chouan près du Colonel Pollock, & sur une Plantation d'un bon viellard Gentilhome de qualité Anglois, nomé Duckenfield ou il trouva assez bon logement.

Col. Cary dcschire sa Signature de laccomodemcnt. Col. Cary vient a Newberne. Quand le Col. Cary vist qu'il ne pouvoit jouer le tour qu'il avoit en vue come sus dit, il fist ses efforts pour attraper subtile- ment l'original de laccomodement fait et sceut adroitement deschirer son nom & signature. La dessus il reccommanca son

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vieux train, et par le moyen des bones liqueurs qu'il fist boire la Canaille il ce fist un grand partie tellement quil en vint a une Rebellion ouverte contre Mons. Hyde come sus dit. Mais corne ce perturbateur du repos public s'imaginant bien qu'il auroit un puissant partis en moy a combatre il ce servit de cette ruse. Sous prétexte d'une visite il me vint voir a Neuberne ou il dina avec moy, après le repas auprès dune bouteille de Vin de madère nous vinmes a des discours bien sérieux, et corne c'estoit luy qui, ( en vertu de mes Patentes & ordres des Lords Prop : me devoit pourvoir de touts les nécessaires des revenus de la Province) me refusa tout, j'estois bien aise de luy en faire des reproches & luy représenter aussi l'enormité de son procède criminel, ce voyant convaincu par tant de bones raisons, d'autre coté pour m'endormir affin que ie ne travaille pas trop contre luy il ne promit en presence de 4 témoins de me livrer dans le terme de 3 semaines en conte de ce qui m'estoit ordoné de la part des. Lord Prop : la Valeur de 5001b Sterl : soit en bétail graines et autres provisions. Concernant Mr. le Gouv : Hyde quil laissoit les choses in Statu quo et après il partit mais ie ne fis guère fond sur tout ce qu'il me dit puis qu'en sa barbe ie luy dis que ie craignois que les effects ne repondroient pas a ce qu'il me dit./

24 Ce Voyage de Cary n'estoit pas intenté sans quelque mau- vais dessein, et il vient about de ce quil s'estoit proposé, car il ne manqua pas d'insinuer a touts les Planteurs de par la, qu'ils épouvantassent mes Colonistes affin qu'ils ne prenent pas parti pour Mons : Le Gouverneur Hyde, en quoy ils réussirent fort bien, car pas un d'Eux n'osa sortir du quartier, ayant esté mena- cez que s'ils ne tennoient exacte neutralité qu'ils seroient détruits par les Indiens et habitants Carolins.

Mr. le Gouv: Hyde m'invite a l'assemblée générale.

Peu de tems après Mr. le Gouverneur Hyde m'envoya par un express un paquet des Patentes dont il y avoit une par la quelle il m'etablist Colonel et Commandant de la Conté de Bath, laissant en blanc les noms des subalternes m'en deferent la nomi- nation avec instante prière de lassister de tout mon pouvoir con-

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tre les Rebelles. Sachant desia le Sentiment de mes gens pol- trons, ie fis reponce a Mr. le Gouv : que mon monde n'estoit du tout disposé a prendre parti, mais voulloient tenir une exacte neutralité, ce qui ne plust pas a Mr. le Gouv : et bientost après il vient un ordre plus fort avec cette clause que s'il ny avoit rien affaire qu'au moins ie devois me transporter incessament au Parlement ou assemblée Générale qui ce devoit tennir ce que ie, ne pas refuset d'autant que mes Titres et Caractère m'y obligoient par devoir : a quoy ie me résolus, non sans prendre bien mes pre- cautions d'autant que i'ay été menace de même que mes Colo- nistes et le chemin restoit pas trop assuré estant éloigné de deux journées, ou il faloit descendre et passer des grandes Rivieres et des forests assez dangereuses.

Arrivée de l'Imposteur Richard Roach.

Estant arivé heureusement chez Mr. le Gouverneur nous tinmes Conseil avant que de paroitre au Parlement et la question fust, quelles mesures prendre pour nous bien asseurer contre les insultes de Col : Cary et ses adhérants. Aussitost nous ordonames une Compagnie de Gens des plus affidéz pour notre garde affin d'éviter surprise et notre plus grand soin estoit cornent gagner et attirer a notre parti les habitants de la Province : Le malheur voulust que justement alors un certain personage mutin et turbu- lent nomé Richart Roach, ariva de Londre qui causa bien du desordre, celuy estoit facteur d'un des Seigr. Prop : mais de la secte des Trembleurs qui devoit venir en ces pays pour negotier, d'abord il fust gagné par les Rebelles, ce qui les fortifia baucoup accause qu'il estoit pourvu de quantité de poudre, plomb & armes a feu, ce qui les accomodoit parfaittement./ 25 Cett Imposteur fust bien violent et de la dernière effronterie pour mieux enflam- mer la Rebellion il s'advisa de débiter par des mensonges et Ca- lomnies atroces contre Mr. le Gouv. Hyde, disant qu'il avoit d'autres ordres des Seigrs. Propr: mais pas en faveur d'Eduart Hyde, ce qui fomenta la Rebellion & augmenta les troubles et nous fist bien de la peine : Ce même drôle me causa en particulier aussi bien du chagrin en ce qu'il me fiste la piece de me rendre

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infructueuse une lettre de change de 2001b Sterl : disant qu'il avait ordre de la protestes ou arrester quoy que son maitre de qui j'avois le billet de change fust desja payé en meilleure forme, ce qui me fist un tort considerable dans ma plus grande nécessité.

Les Rebelles attaquent le Gouv. et le conseil. Les Chefs de Rebelles, Coll. Cary, Richard Roach & Eman. Low (qui quoy que trembleur s'eriga en Colonel) vinrent en une nuict dans un brigantin bien ecquipéz et armez d'environ 60 ou 80 homes, avec quelq canons pour nous assiéger chez Mr. le Col. Pollock membre du Conseil chez qui nous tenions toujours Con- seil accause de la situation de sa maison aussi bien que pour les moyens et credit qu'il avoit. Contre le mattin ces Rebelles ou- verts et Ennemis déclarez tirèrent de leur brigantin deux coups de cannon contre la maison ou nous estions assemblez et effleurè- rent seulement le sommet de la maison, ce qui commença l'allar- me ; La dessus notre Compagnie de garde d'environ 60 homes ce mist en posture et nous chargames aussi le Brigantin d'une couple de boulets de cannon mais sans faire aucun domage. La des- sus les Rebelles firent descendre du Brigantin dans deux barques l'élite de leur monde pour mettre pied a Terre dans l'intention de nous surprendre ne croyant pas que nous eussions beaucoup de monde auprès de nous, quand nous observâmes ce manege nous nous mimes aussi en posture et descendîmes dernier une haye vers le bord de la Riviere qui est large par la de deux miles ; Ces Rebelles voyant parmy notre monde que mon Valet qui avoit une livrée jausne estoit aussi du nombre, furent épouvantez croyant que toutte ma Colonie en estoit, les chargants encore de quelques boulets de nos Cannons qui touchèrent tant soit peu leur mat cela fist un si bon effect que les barques n'osèrent aborder et s'en retournant au brigantin, la peur les saisit touts tellement qu'ils levèrent les voiles et prirent la fuite.

Fuite des Rebelles. Amnistie gen. pour les Séduits. Nous ne manquâmes pas de les poursuivre d'abord, ecqui- pant une bone chalouppe du meilleur de notre monde, mais on ne put les attrapper, cependant lecquipage du Brigantin dans

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une teneur paniq ayant trouvé un endroit commode pour descendre mist pied a Terre et les principaux ce sauvèrent par une forest,/ 26 ainsi nos gens furent maitres du Brigantin, lam- menerent avec quelques provisions a l'endroit ou nous estions assemblez. Ce coup causa de la division entre les Rebelles ou autres mal intentionéz et fortifia notre partis, Ayant consultez la dessus nous trouvâmes que ne ferions pas mal de publier une amnestie générale pour Ceux qui auroient esté malineuse- ment séduits des Chefs de Rebel: mais les Autheurs et Chefs furent proclamez.

On fist donc une liste de tout ceux qui ce sont soumis au nouveau Gouvernement et souscrits: Apres nous convoquâmes un Parlament, ou les affaires concernant ces desordres furent traittéez, on mis en prison & seureté les plus turbulents et a ceux qui confessèrent leurs fautes et se reconnurent on accorda L'amnistie. Parmy tout cela ie fus obligé de prendre le presi- dial contre mon gré car la matière estoit delicate et dangereuse: mon premier ouvrage estoit de travailler de touttes mes forces pour faire recconnoitre le Nouv. Gouverneur Mr. Eduard Hyde ce qui ce fist avec success et moy délivré, d'un grand fardeau, ainsi tout ce tranquilisa et chacun s'en retourna en paix chez luy.

Le feu de Rebell, r'allums par Roach et autres. Ma deputation vers Mr. le Gouv. de Virginie pour demander secours. Mais ce Calme dura pas longtems, les Autheurs de ces trou- bles ce recoligerent et le sus nomé R. Roach ce planta sur une Isle de la Riviere de Pamlico, pourvu de vivres et de munition de Guerre faisants touts les efforts pour rassembler les Rebelles dispersez et fugitifs. Mons. le Gouverneur en Persone avec son parti ce mirent après pour le dénicher de son Isle, mais il y fust si bien retranchez qu'on y fist rien, et on fust oblige de ce retirer. Ce feu de Rebellion ou des Conjurez ce ralluma peu a peu et s'augmenta si fort que le dernier fust presq pisq le premier, dans cette dangereuse situation, on s'avisa de chercher du secours au voisinage et fust conclus que je serois député -avec deux membres du Conseil auprès de Mr. Alexander Spot-

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wood Gouverneur de Virginie pour le prier de nous assister et paradvance on luy écrivit une lettre pour luy comuniquer notre dessein qui par honesteté nous marqua un endroit et jour aux frontières de Virginie & Caroline, ayant sans-cela eu envie d'exercer les trouppes dans ce Voisinage.

Le secour désiré obtenus de Mr le Gonv. de Virginie.

Je partis donc pour ce rendez vous par eau dans le même Brigantin quavions pris aux Rebelles, n'estant alors pas bien en seureté de voyager par Terre outre questions bien aise de prendre quelques provisions de bouche dans le voisinage, mais quand nous avions fait un peu de chemin il se leva un si terrible orage que nous fumes d'obligation de rebrousser chemin nous primes dont un Canou, (cest un petit batteau a l'indiene, tout d'une piece long et étroit dont on ce sert sur les Rivieres par la & qui vont d'une grande vitesse) et montâmes la Riviere après que le vent fust un peu apaisé,/ 2T mais telle diligence que nous fîmes nous ne pûmes venir assez tost pour le Rendez vous fixé, Monsieur le Gouv : de Virginie laissa ordre qu'on le luy feroit scavoir a Williamsbourg lieu de sa Residence, aussitost que ie serois arivé: d'abord a mon arivée j'écrivis une lettre de compliment et d'excuse a ce Seigneur qui ne manqua pas de ce trouver au lieu fixé le lendemain avec son Secretaire & deux autres messieurs: Nous y tînmes dont conference ou Mr. le Gouv. nous venust fort civilement. Cette besoigne etoit plus im- portante que ie me l'imaginois, après avoir délivré ma lettre de Créance, ie comencay ma proposition, mais on my fist des fortes opositions. Que les Virginiens n'estoient pas d'humeur de combatre leurs frères voisins puis qu'ils estoient touts sujets égaux de la Reine de la Grande Bretagne, outre que le cas etoit assez problematiq d'autant que Mr. Hyde n'avait pas sa patente en main. Il faloit dont chercher d'autres expedients, et Mr. le Gouv: Spotwood pour luy avoir esté recommandé de la Reine et pour la premiere fois qu'il m'avoit vu auroit pourtant bien sou- haitté de me faire quelque plaisir et de ne me pas renvoyer sans m'accorder quelque faveur; Il me demanda dont si j'avois quelq

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autre chose a luy proposer ou quelq expedient qui fust plus facile pour m'accorder. Voyant donc que ces Virginiens n'estoi- ent pas disposé a notre secours, peutetre tenant Eux mêmes un peu de cett esprit libre et democratiq ; je m'advisay si on retrou- verais pas quelq soldats de trouppe réglées, Je demanday dont Mr. le Gouv. puis qu'il estoit vice admirai des cotes de Vir- ginie qu'il eus la bonté de nous envoyer un vaisseau de Guerre bien ecquipé, ce qu'il nous accorda: d'abord ce généreux Seigr. nous envoya un brave Capitaine, le quell fist très bien son devoir, ne doutant pas quaussitost qu'il paraitroit avec ces mariniers habillé de rouge livrée de la Couronne cela fist un très bon effect.

Le Vaisseau de guerre de Virginie pour le secours arrive.

Je pris congé de Mr. le Gouverneur et partis très Content pour m'en retourner au Gouvernement, et avant mon depart ce Seigr. me fist des caresses extraordinaires m'invitant chez luy et m'offrant ses offices en tout ce qui seroit en son pouvoir. En arivant au Gouvernement ie fis la Relation et ma negotiation fust aprouvée d'un applaudissement general de Mr. le Gouv. Hyde, du Conseil et de tout le peuple bien intentioné, ce qui n'augmenta pas peu mon Credit. Peu de tems après ce Capite. de vaisseau ariva avec ces mariniers après qu'il eust fait ses Compliments et délivré la lettre de Mr. le Gouv: Spotswood par devant le Conseil, nous le priâmes de faire sa proposition par devant l'assemblée générale & de tout le Peuple, représentant que si les mutins ne voulloient ce ranger a leur devoir qu'il avoit ordre de les traitter avec la dernière rigeur etc./

28 Ce qui fist un si bon effect que persone n'osa plus se re- muer et les autheurs de ses troubles prirent la fuite:

En ce même tems nous receumes des lettres de Londre par lesquelles nous eûmes advis corne les Seigr. Propriété avoient établis Mr. Eduard Hyde Gouverneur de Nord Caroline et que ses Patentes estoient remises a une persone affidée pour les ap- porter, ce qui fist bien du Calme & ses mallintentionez eurent bien de la Confusion.

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Col. Cary prisonier en Virginie et envoyé à Londre.

Ce desia tant souvent mentioné Col : Cary fust arresté en Virginie avec d'autres de son Complot et envoyé a Londre dans un vaisseau bien équipé et on luy fist le process, ce qui fist bien du bruit, le bonheur luy voulust que deux Mylords prenent son partis luy sauvèrent la vie, N.B. cest une assez bone famille que les Carys, j'ay cy devant eu l'honneur de connoitre particulière- ment Mylord Hunsdon de la famille de Cary) ainsi il fust délivré moyennant Caution et on luy assigna son juge en Caro- line pour sa defence, ou ce fait fust accroché qu'a l'heure qu'il est son process n'est pas finis; mais ie crois qu'il n'a guère envie de presser le jugement d'une affaire si risqueuse. Dans la suitte du tems il fut relegé sur une Isle éloignée pour sa vie et y mourut.

Touts ces troubles n'avoient pas peu contribué a l'invasion des sauvages en ce que quelques uns de ses Mutins avoient mis Mr. le Gouv. Hyde si mail dans lesprit des Indiens qu'ils le prirent pour leurs Ennemy déclaré. J'en eus des preuves puis que lors que ie fus pris par les sauvages dans la croyance que j'estois le Gouverneur, ils me traitterent fort mail jusqua ce qu'un Indien qui scavoit L'anglois et qui me connoissoit leur dit que ce n'estoit pas moy qui estois le Gouverneur Hyde, la dessus j'eus meilleur tems.

Apres que tout fust calmé ie repris le chemin de Neuberne pour voir ce que mes pauvres Colonistes faisoient mais je ny pus pas demeurer longtems. Mr. le Gouvern1". ayant receu ses Patentes publia une assemblée Générale affin qu'il ce pust pre- senter, ou il faloit aussi my trouver nécessairement, estant bien aise de me servir de cette occasion pour solliciter au près de ce nouveau Gouverneur ce que je ne pus obtenir de Col : Cary. Je trouvay en effect Mr. le Gouv : plain de bone volonté mais quand il faloit venir aux effects, il se trouva luy même tant a letroit qu'a peine y avoit il assez pour supplere a sa nécessité. Je fus dont obligé de m'adresser au Parlement & ala Province pour demander de que je n'avois pu encore obtenir pour le Conte des Lords Prop: ce qui pourtant estoit le fondement de mon Entreprise; d'autant dont que par cette inefectuation de Leurs

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belles promesses, ie me trouvay avec tout mon Peuple/ 29 de court et bien embarassé, tellement qu'il estoit impossible de subsister de la manière, et que pour avoir des nouvelles subsistances de mon Pays il falloit bien du tems, cependant ne pouvant vivre de l'air, ie demanday que la Province m'assistasse, sur les mêmes conditions que j'avois avec les Lord Prop: cest a dire qu'ils dévoient me pourvoir de vivres et choses nécessaires pour 2 ou 3 ans a Credit qu'après ie les rembourceray tout ce qu'ils y m'auro- ient advance, Je ne fus pas plus heureux auprès de Ceux cy, sous prétexte que les Guerres Civiles les avoient épuisez ie fus seconduit obligé de m'en retourner chez moy frustré de tout, cependant je fis encore des efforts et soulagay ma Colonie le mieux que je pus corne est a voir pag. 22.

Trouve mes gens presq touts malades a mon retour.

Le Sasafras y abonde, nessesaire de s'en servir.

Le grand exercice contre la fièvre et la goutte.

A mon retour a Neuws je fus bien surpris de trouver tant de malades et même plusieurs de morts dont deux de mes domes- tiques qu'on m'avoit amené de Berne en estoit du nombre. C'estoit sans doute la grande Chaleur quil fist ces 3 mois de Juin Juillet & ougst qui en furent cause nos gens venant dun pays froid et de montagne n'ayant pas esté encore accoutumé a ces pays plats & a cett air chaud ; Ils nemanquerent pourtant pas de médecins & chirurgiens qui en eurent soin, qui après devin- rent aussi malades; mais la principale cause en estoit, qu'ils avoient négligé en mon absence mes ordres de Regime lesquells j'avois doné d'abord a mon arivée en Ameriq lors que ie trouvay desia les Palatins si malades. C'estoit par bon advis de persones qui avoient fait long séjours en Caroline que ie leurs avois indiqué de ne pas trop boire d'eau crue et froide, mais de la cuire avec du sasafras dont les bois en sont touts plains et après la laisser raffroidir et en boire tant quon voudra, ie m'en servis le mattin avec un peu de sucre en place de Thée ce qui me fist beaucoup de bien; J'ay observé aussi que ceux qui ce mettoient dabord au lict quand il ce trouvoient malades, s'en trouvoient

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bien mall et beaucoup en mouvment : Il y règne en ce pays une certaine fièvre, cett un tribut general qu'il faut que les Etrangers payent au comencement, et la guerison en est fort particulière. Quand cette fièvre vous prend, le meilleur remède est au lieu de ce mettre au lit d'abord, il faut courir jusqu a ce qu'on sue a grosse goutte et qu'on tombe de lassitude même il n'en faut pas rester la, mais ce relever et continuer jusqua ce qu'on nen puisse plus, j'en parle par experience, aussi ne l'ay ie eu que 3 semaine au lieu que dautres ont trainé des années entière, ce sont enflés a la fin et en sont mort: j'advertis icy les pares- seux ce nest pas une maladie qui les accomode, les gens oisifs et paresseux y sont presq toujours malades, il y faut de lexer- cice preuve qu'il est nécessaire et bon. Cest que je fus atteint beaucoup de la goutte en Europe, et en ce pays j'en fus quitte quelques petites atteintes./

28bis j^e Vinaigre qui sort des Chesnes pernicieux a la santé.

Contrepoison merveilleux contre les morsures des Serpents. Les petits surons qui s'accrochent aux jambes. En ces pays les Chesnes rouges y sont si savoureux qu'en y faisant une petite ouverture d'une hasche il en sort quantité de jus qui est un vinaigre, mais il est pernicieux a la santé, nos gens s'en servirent dans les grandes chaleurs pour manger de la salade et ne s'en trouvèrent pas bien ; Il y avoit encore deux inconvénients pire lesquels il estoit nécessaire de ce precautioner, ce sont les serpents et les ticks, en f rancois surons ; II' y avoit un si merveilleux contrepoison et en assez grande abondance duquel il ne faut pas manquer de ce pourvoir il y en a 3 sortes, il y en a d'une sorte qui a une vertu particulière si on porte la racine avec soy on peut dormir librement sous un arbre aucun serpent ne saprochera, les Indiens s'en servent d'ordinaire, si on pile cette racine et qu'on en done dans une casse ou pot d'eau fresche a l'animal qui est mordu d'un serpent il en revient et se guérit en peu de tems; j'en ay fait le preuve sur un de mes chevaux et sur mon chien qui ont esté guéris. Les surons incomo- dent les gens jusques a doner la fièvre, on croit que c'est une rosée corrompue qui sattache a l'herbe cependant on n'en apper-

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coit que la ou il y a du bétail, pour les femmes elles ont plus de peine a s'en garantir, les homes en portant des bas de peau en sont quittes, les paysants qui ont la peau plus dure ne s'en sentent pas tant, cela ne dure que certains mois de lannée.

Petite historiette du Roitelet de Chatoucka et de les Indiens. Chacun de mes Colonistes s'accomodant le mieux possible et selon sa capacité et adresse, Il sagissoit de n'en pas faire moins en Ville. Suivant la permission que j'avois et les privi- leges ie choisis dans une pointe de Terre entre Trente et Neuws River, Endroit ou il y avoit un Roytelet Indien avec ses gens en une 20e de familles le lieu s'appelloit Chatoucka; Il en est fait mention pag 6. Nous lavons achepté si cher accause de sa situa- tion advantageuse, Il sagissoit dont d'avoir ma place libre L'ar- penteur gen: Lawson qui l'avoit vendue voulloit que j'en dechas- sosse les sauvages mais ie n'en voulus rien faire bien loin de cela je me suis mis avec Eux acheptant d'un de ses Indiens une petite etndue de Terre ou je bastis ma Cabane en attendant mieux et fis même une espèce d'alliance avec ce Roitelet nomé Taylor et son monde, cela ce fist solennement quelq peu de tems après voyant que ces sauvages ne pouvoient s'accorder avec mes gens ny les miens avec les sauvages ie m'advisoy de leur pro- poser d'achepter encore une fois cette terre d'Eux et de leur as- signer un autre endroit ou ils pourroient demeurer aussi comode- ment et sur la même Riviere pas loin de ce lieu, ils commencè- rent de goûter mes raisons et on tient pour cela une assemblée solonelle./ 29bls Puis que je suis en mattiere de ces Sauvages avant que de parler du plan & fondation de la villette de Neu- berne je continue ou j'en suis resté avec les Indiens et diray aussi quelq chose de leur culte & de ce qui s'est passé.

Payement des Terres de Chattouka aux Sauvages. Nous convînmes dont d'un jour pour faire notre accord. Ce Roitelet ce mist sur son propre mais d'une manière si cro- tesq qu'il paroissoit plutost en singe qu'un home, il vint avec 17 Peres de famille on ce mist en pleine campagne en rond a Terre, moy ie mis aussi tout ce qui pust briller le plus me fis apporter

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une chaise, et prenant a mon costé un truchement un sauvage qui parloit bon anglois i'entamoy la matière et le sujet de cette assemblée après leurs avoir représenté mes raisons ils dirent aussi les leurs, et a parler sans partialité ils avoient dans leurs opposi- tions des meilleure raisons que moy: Cependant on en vint en une bone conclusion: Je leurs fis quelq petits presants de petite valeur, et pour pris d'achapt ie livray pour ce Terrein de ques- tion au Roy deux boutellies de poudre soit 4 livre, une boutellie contenant 2 liv: de poudre et avec cela 1000 gros grains de dragée de plomb ; a chacun des assesseurs une boutellie de poudre et 500 grains de plomb de la dragée un peu grosse, après ie les fis bien boire de Rum, eau de vie distilée de la lie de sucre liqueur ordinaire de ces pays: et voicy la pacte faitte.

Feste tenue avec les Indiens troublée pr. M. M. Cette feste fust pourtant troublée par la brutalité de M: M: qui pour avoir bu copieusement avec quelques Anglois qui vin- rent disner avec moy, perdit le Respect et vint insulter ces pau- vres Indiens prist le Chappeau du Roy et le jetta si loin qu'il pust, et entra dans le cercle prenant l'un de leurs orateurs qui parla un peu trop contre notre procédé, par le bras et le sortit du Cercle luy donant quelq coup ! Je fis dabord prendre ce Mr. si touffus par quelques uns de mes domestiques pour le mener a la maison ou ces anglois invitez luy tinrent compagnie l'amusant le mieux quils purent. Le lecteur ce peut aisément imaginer que leffect aura produit un procédé semblable, aussi Le Roy s'en plaignant me dit que si les Chretiens faisoient la paix et leurs alliances de cette manière qu'il ne voulloit rien avoir affaire avec Eux: Je ne manquay pas de luy répliquer qu'il ne faloit pas faire attention a ce qu'un brutal gouverné par la force des liqueurs avoit fait que ie l'en reprimanderois fortement, memement que ie l'envoyeray loin dicy, qu'il ne les insultera plus, et qu'ils ce dévoient tenir a moy, qu'ils pouvoient sassurer que jamais je ne leur ferois aucun mal pendant qu'ils voisineroient bien avec moy: Content de ma réponse et de mon meilleur traittement ils s'en retournèrent chez Eux. Ce M : quoy que depuis un peu de someil qui devoit luy faire passer les vapeurs, il se fust tranquilisé ie ne

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scay quelle mouche le piqua, après les 10 heures du soir que ie fus couché croyant tout en repos, il ce leva et sen allast vers les cabines des Indiens trouvant encore L'orateur Ind: debout il le traitta fort mail, mais d'abord le/ 30 Roy avec quelques Indiens mirent le hola; et j'admire sa patience et discretion de ces sauva- ges, de n'avoir a leur tour rossé ce barbare Chrestien. Le lende- main le Roy avec ses Conseilliers ne manquèrent pas de ce plaindre après de moy, du mauvais traittement réitéré de ce brutal pis qu'un sauvage, avec menaces que s'ils estoient insultez plus outre qu'ils payeroient de même monoye ; j'eus assez de peine a les appaiser, les fis encore bien boire et les renvoyay avec asseurance que ie ferois partir cett home turbulant, et qu'ils ne seroient plus insultez.

Raison pourquoy ie nome pas certain personage que jay trouvé de mauvaise foy le notant par deux M. M. Apres le depart des ces Indiens, trouvant mon home dans son meilleur sens ie luy parlay sérieusement d'affaires, Il sera parlé de ce personage bien souvant dans cette Relation mais ac- cause de ces Parents qui sont de distinction de qualité et de mérité jen ay de la Consideration, et ie ne le nome pas ne le dénotant que par deux MM: de 8 associez que nous estions il en estoit l'un, mais a notre perte & ma Ruine et plusieurs autres: Le Bon Dieu le Convertisse et luy done a Connoistre tant de mail qu'il a causé. L'arpenteur gêner: a esté punis par une ter- rible execution des sauvages pour ses crimes et mauvaise foy: Si celuy ne se convertit il pourroit luy bien arriver la même chose, ne vivant pas mieux qu'un barbare il pourroit bien être châtié par les barbares et mort parmi les Indiens. Mail content de luy, iay cherché des expedients pour l'envoyer autre part, Il fe mist dont en chemin pour arpenter les Terres le long de la Riviere de Weetock et pour cela ie luy fournis tout le nécessaire a son retour il ariva un de ses vieux Camarades de Pensilvanie dans une chaloupe et un autre bon drôle avec luy, Entre Eux 3 le partis fust pris de faire un tour vers Cap Fear et d'arpenter des Terres le long de cette Riviere nomée autrement Clarendon River. Et pour cela ils firent des provisions de bouche et des marchandises tant qu'il ne m'en resta presq plus rien cependant

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ils firent une vie de couchons et des debauches outrées, ce manege ne me plaisant pas i'y fis mes Refrlexions, et un mattin avant qu'ils eussent déjeunez je leur representay que de la manière qu'ils s'y prennoient ie voyais qu'ils avoient plustost envie de ce bien divertir que pour faire une besogne nécessaire & profit- able que j'avois besoin de ces marchandises pour subvenir a ma nécessité et celle de la Colonie, que nous avions pour le present assez de Terres, qu'il faloit voir premièrement cornent réussirai- ent nos Colonistes, que puis qu'il faloit des grandes sommes pour soutenir une Entreprise de cette importance il faloit plus- tost songer a ce procurer de quoy pour subsister que de faire des dépenses inutiles et pas encore nécessaires etc. ma proposition déconcerta ces bons débauchez, et ils firent tout leur possible pour me desabuser mais ma resolution fust ferme et ie repre- sentay a MM: Quayant tant fait de bruit de ces mines d'argent que/ 31 même on en estoit venu a des Traittés authentiques tant avec Mons. Penn Propriétaire de Pensilvanie qu'avec J : Justus Albrecht chef des mineur d'Allemagne qui n'attendoit que nos ordres pour les faire vennir, que cestoit la ou il faloit travailler, quils dévoient dont aller a Philadelphia (Cap. de Pensilvanie) pour notifier a Mr. le Gouverneur mon arrivée en ces Pays, luy remettre notre Patente de Mr. le Prop: Penn & luy dénoncer qu'estions en dessein d'aller visiter les mines de question et que pour cela il nous donne l'assistance nécessaire, qu'après que le tout seroit prest et en bonne ordre asseuré contre les Indiens, que ie my transporterois etc. Ces deux drôles cy devant Com- pagnions de M:M: lors qu'il allast avec plusieurs autres a la découverte de la mine de question gousterent ma proposition et encouragèrent M:M: a cette expedition, il y dona a la fin la main, et partirent fournis des mêmes provisions qu'ils avoient prises pour le petit voyage de Clarendon R.

Quelq iours après leur depart le Roy avec quelques de ses Ind: me vint trouver, ne sachant pas que pour d'autres sujets i'avois fait partir M:M: me témoigna bien de la joye de ce que je les avois délivré de cett home dangereux, et cett affaire me fist beaucoup de bien dans ma Captivité de Cathechna ou ce Roi- telet parla en ma faveur.

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Visite les Indiens de Cores.

La dessus nous nous promimes réciproquement bon Voisin- age, et les Indiens quittèrent bientost après cett endroit pour ce placer au lieu assigné pas loin delà. Quelq tems après je fis un tour a Cor Towne a 10 milles de Chatoucka, ou ie fis assembler les sauvages pour leur proposer que me trouvant dans leur Voi- sinage que ie pretendois de vivre bien avec Eux avec offre de mes services, cela fust bien receu, mais corne il y avoit deux chefs dans le Village l'un nomé Cor. Tom, & lautre Sam, le premier Enemy des Anglois et L'autre amy qui fust absent, ie n'y pus pas tout a fait régler ce que j'aurois bien souhaitté, Cepen- dant assez content de leur acceuil ie m'en retournay le même jour chez moy. Ce village de Cor est très bien situé il y a un air plus frais borde la Riviere de Neuws. Si ces Indiens auroient voulu changer de place j'en aurois eu bien envie.

Culte, Religieux des Indiens de Chattoucka et de ce qui sy est passé. Plainte du Roy Ind: contre ccluy qui avoit taillé un de leur Idole.

Venant de parler seulement cy dessus des Ind. de Chattoucka ie diray encore quelq chose de leur Culte, Religieux pour con- tenter la curiosité du lecteur, et de ce qui s'est passé avant leur depart. Ils avoient une sorte d'hautel entrelassé artificieusement avec des batons ou perches et voutéz en Dome, au bas il y avoit un petit portail sans porte par ou on mettait les offrandes, au millieu de cette Chapelle Indiene il y avoit une Concavité ou ils mettoient en offrande/ 32 des fasioles, Coralles et autres baga- telles. Contre le soleil levant ou oriant, il y avoit un potteau de bois plantez en terre, dont la tête estoit assez bien taillée, repré- sentant celle d'un beau jeune homme ce potteau estoit paint moitié en rouge & moitié en blanc devant cette posture il y avoit une perche en façon de sceptre (car le bout estoit couroné) aussi en couleur rouge et blanc plantez en terre. Cette figure repré- sentait le bon Esprit La Divinité qu'ils reverent. Contre l'occi- dent il y eut aussi un potteau plantez en terre en couleur de noir et rouge et le visage paroissoit affreux ce qui representoit le mau-

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vais Esprit ou Demon lequell ils connoissent mieux le craignent mais ne Payment pas. Pour divertir le lecteur ie racconteray icy ce que mon Granger fist au sujet des deux statutes, en passant auprès il fust tellement scandalisé de ce que la statue qui repre- sentor le demon fust peinte de noir et rouge, Couleur de la ville de Berne, Capitale de son Souverain qu'il fendist cette statue d'un coup en deux avec sa hache, a son retour a la maison il ce venta corne d'un action heroiq disant que d'un seul coup il avoit fendu le Diable en deux. Il est vray que cette farce me provoqua un petit sousris, mais pourtant ie n'approuvay pas l'action : Bientost après ce pauvres Roitelet Ind : tout outré de ce sacrilege, vient ce plaindre après de moy: Je luy dis au Comencement seulement en raillant que c'estoit que le méchant jdole qu'il avoit taillé en piece qu'il n'y avoit pas grand mail, mais si mon granger avoit gâté (ie me suis bien gardé de le nommer mais dis un de mes ressortissants) le bon jdole que ie le punirois rigoureusement, que pourtant j'y mettrois de si bons ordres qu'a ladvenir cela n'arriveroit plus. Voyant que ce Roi- telet n'attendoit pas raillerie ie me remis sur mon sérieux et luy dis que laction de l'home qui avoit gâté cette statue ne me plaisoit pas, que le Roy ne devoit indiquer cett home que ie ne manquerais pas de le chastier, mais il ne pouvoit scavoir qui l'estoit puis que le granger fust seul quand il couppa ce potteau et prist bien garde si persone ne le verroit. Pour appaiser ses Indiens ie fis boire le Roy et sa suitte et les renvoyay un peu plus contents. J'ay au reste remarqué que ses Indiens avoient quel- que chose de plus aprochant du Christianisme que les Ind : plus éloignez ils ont encore quelq bons sentiments, et j'ay eu un entretien avec un de ces Roitelets voisins qui ne repugnoit pas beaucoup pour ce faire Chretien, de la manière qu'il me raisonoit en l'instruisant on l'auroit pu ammener a nous et si j'avois demeuré plus longtems en Caroline j'aurois fait un essay. Pour grossir ma Relation jl y auroit encore plusieurs choses a dire de ces sauvages et de ce qui est passé plus outre parmy Eux, mais ce n'est pas icy mon but, et il est tems de parler de ce que j'ay fait pour meilleur établissement de ma Colonie./

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33 Fondation de la petite ville de Neuberne.

Ayant eu jusques icy des occupations plus pressantes Je n'avois pas fait encore grand chose pour l'Etablissement de la Ville, me trouvant un peu desoeuvré je pris l'arpentier general avec moy et son Clerc pour faire le Plan de cette nouvelle Ville. Corne en Ameriq on n'ayme pas être logé a letroit affin de jouir d'un air plus pur. Fordonay dont les rues bien larges et les mai- sons bien séparées l'une de lautre, ie marquay 3 arpents de Terre pour chaq famille pour maison grange, jardin, verger, chenevier, basse cour et autres places, je partagay la Ville en Croix et au milieu ie destinay l'Eglise, l'une des rues principales tendoit des le bord de la Riviere de Neuws droit avant dans les bois et lautre rue principale croisoit depuis la Riviere de Trent jusques a la Riviere de Neuws: après cela nous plantâmes des picquets pour marquer les maisons et faire les deux premieres rues Capitales le long et au bord des deus Rivieres et la miene estoit située a la pointe: Et corne les artisans sont mieux en ville quaux Planta- tions, ie leurs donay quelques privileges, au lieu que les habitants ou nouveau bourgeois estoient obligez de me payer annuellement pour mon droit et les 3 arpents de Terre un Escublanc, les gens de mettier estoient francs pour 10 Ars les autres seulement pour 3. J'eus d'abord un bon nombre qui comencerent a coupper du bois pour faire leurs maisons. II y eust deux Charpentiers, un masson, deux menuisiers, un serrurier, un mareshal, un ou deux cordoniers, un tailleur, un munier, un armurier, un boucher, un tisseran, un tourneur, un sellier, un vitrier, un potier & tuillier, faiseurs de moulin daux, un médecin, un chirurgien un maître d'escole ; il y avoit encore ça et la aux Plantations encore quelques artisans, il ne manquoit encore qu'un ministre et un attendant celuy que ie faisois venir d'Allemagne, ie fis la fonction lisant a la manière Angloise le sermon, ayant même permission de Mr. l'Eveque de Londre de marier et babtiser, pour comunier j'en fis venir un ministre l'an une fois de Virginie. Il vint de Virginie un ministre qui preschoit en Anglois & Francois et je lavoy en- gagé pour ma Colonie estant très content de venir moyenant les

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Wl.V.K DER STADT N'EU-BERNE 1710. NACH EINEM PLAXE DER BIBILOTHEK VON MOLINEN.

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50ft St. que la Chambre de Londre de propagande Fide, ordone en semblable cas & une discretion raisonable que la Colonie en general feroit.

Dans la Province aucun endroit fort de seureté. Apres qu'une partie de ses artisans eusent leurs Charpente preste et qu'il s'estoient au moins mis a couvert en attendant mieux et que jeus aussi accomodé un peu mieux la miene il sagissoit de doner un nom a la Ville ce que nous fîmes en grande solennité et nous joignîmes au nom de Neuws celuy de Berne, ainsi la villette fust babtisée Neuberne. Pour le comencement il ce devoit établir seulement dun mois une fois un marché et une fois l'an une foire. Enfin il y eut plusieurs autres règlements; Quand Mr. le Gouverneur le Conseil et beaucoup de Planteurs de Caroline eurent advis de notre établissement ils prirent non seulement touts en vie de sy loger mais effectivement ce firent marquer des lots, cela veu dire des places limitées./ 34 Et ils avoient raison, car dans toutte la Province il n'y avoit pas un seul endroit de seureté, ils n'avoient n'y provision générale de bouche ny de munitions de Guère, ny d'armes chacun estoit pour ainsi dire abandoné a la geule du loup si les sauvages estoient des gens un peu mieux fait a la guère ils auroient pu détruire les habitants de cette province quand ils auroient voulu si le Bon Dieu n'auroit pas mieux veillez ces Carolins légers, il n'en seroit pas resté un ame. Il y eust beaucoup de persones de Pensilvanie et plu- sieurs de Virginie qui prirent des lots, tellement qu'en peu d'an- nées on auroit une jolie ville & on y auroit transféré le Gouver- nement d'autant que Little River ou la Grande assemblée ce tenoit, il n'y avoit que quelque peu de maisons dispersées ou on estait fort mail et point en seureté.

Construction d'une redoute nomée Mellfort. Pendant que ce m'occupois a établir de mon possible les affaires de ma Colonie, ayant même pour la seureté de la Colo- nie d'enhaut vers mellcreek fait construire une redoute pour tenir les Indiens en bride de ce coté: et fait aussi plusieurs règle- ments & ordonances tant pour le militaire que pour le Civil, mes provisions de vivres comencerent a diminuer et les marchandises

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qui sont en ces pays comme de largent content aussi ; tellement que je comencois a faire des Remexions bien sérieuses sur mon entreprises, bien loin de recevoir aucune assistance et secours soit de la Province ou des Lords Prop: soit de mon Pays et de ma Société, au contraire il arivoit des billets de change protestez ; dans cette mauvaise situation d'affaires, ie ne scavois plus ou me tourner, ayant desia écrit plusieurs fois au pays & a la Société pour du secours n'estant suivis aucune réponse et de crainte quon ne prenne mes informations que pour des Contes, ie m'advisay de sonder si ie ne trouverois pas quelqu'un de la Colonie qui dé- goûté de ses misères eust envie d'aller au pays, j'en trouvay un, qui estoit justement un personage que deux membres de la so- cité avoient choisis pour soigner leur Plantation, mais qui voy- ant que ces messieurs ne fournissoient pas de quoy pour soutenir prist la resolution d s'en retourner chez luy me promettant même qu'il ne m'en couteroit que les frais iusques en Pensilvanie je luy livray pour cela 5 guinés & un petit billet de change pour en recevoir autant a Philadelphie. Mais le drille quand il fust arivé a Philadelphie ne ce contenta pas de si peu, et trouva un mar- chant assez facile, qui sans mes ordres, sur mon Credit luy ad- vanca plus quil ne faloit a Londre il en fist de même, et a Am- sterdam aussi ainsi plus outre jusques a Berne, & nos Messieurs associez vien surpris de voir ce visage & bien plus de son effronte- rie et grand conte./ ?"3 Cependant avant le depart de ce méchant Pellerin, j'avois fait & remis un plan du Terrein & des Rivieres ou j'avois placé ma Colonie et un mémoire de ce que j'avois fait pour cett établissement aussi bien que les frais que j'ay eu a ce sujet avec un Conte de tout & avec une lettre préparée pour les encourager a me soutenir en cette Entreprise laquelle quoyq très difficile au comencement mais en ayant surmonté le plus dan- gereux il a avoit belle apparence de réussir remettant le reste a sa relation qu'il feroit de bouche principalement concernant la beauté & bonté du pays: ce qu'il a bien remis, & suivant que j'en suis informé il avoit rien obmis de ce qui pouvoit tendre a lad- vantage de cett Etablissement, et sans doute j'aurois obtenu le secours nécessaire sans le malheur qui m'est arrivé peu de tems après, corne il est a voir si après dans ma Relation.

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Achepte deux bâtiments pour mener les provisions. Envoyé ma sloop a Barmuidc.

Dans cett espérance, dun prompt secours & suffisant, voyant que les vivres pour la Colonie me coutoient plus de voiture que d'achapt par advis de bons amis & persones entendue, j'acheptay une sloop, un bâtiment propre pour s'en servir sur merz & dans les Rivieres, cecy pour lettres de change ; Ces bâtiments me firent grand service aussi bien qu'a la Province, come on verra cy après et ie fus même contraint a cett expedient accause qu'il y avoit fort peu de ces bâtiments dans la Province & pendant cette guère civile ils furent touts engagé ne pouvant en avoir ny pour argent cependant il faloit vivre. Il y avoit en ce tems une si grande disette de sell accause que les estranger n'osoient le hazarder pendant ces troubles pour en amener, que ie fus d'obliga- tion d'envoyer ma sloop aux Isles de Barmuides pour quérir du sell, et corne il falut quelq chose pour échanger j'obtins de Mr. le Gouverneur Hyde permission d'amasser des graines (cest icy du bled Lombard ) ca et la dans la Province sur le Comte des Lords prop, et le sien, mais le malheur voulust que par un grand orage ces bleds furent mouliez, ce qui gasta mon marché & le profit de ce voyage fust fort petit, ce pendant le sell que j'eus de Bar- muides me fist beaucoup de bien et a mes voisins, & fus bien con- tent que pour la premiere fois mon bâtiment fust sauve & de retour en bon état hormis les voiles qui estoient bien deschiréz & quelques cordages gatéz, il avoit esté absent si longtems que je croyois tout perdu, cela me devoit bien mettre en peine mayant coûté 300ft) sterlins ; mais le plus qui me mettoit en peine c'est l'équipage, j'y avois de très bon mattelots.

Dans l'incertitude de ce que dessus pour me desennuyer, je suis allé quelq fois arpenter des Terres & ie ne peu de moins que de racconter icy une advanture assez particulière qui précéda celle de Cathechna ou ie fus pris captif par les sauvages./ 3C Un jour que j'alois arpenter des Terres, le tems s'estant changé prévoyant une grande tempête, n'aymant pas coucher dans les bois, ie lais- say mes arpenteurs et pris le chemin de la maison avec mon valet la grande haste fist que ie pris un sentier pour l'autre, qui fust si long que la nuict me surprist, et ie tombay justement parmy

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les Indiens qui délogèrent de lendroit ou ie mestois placez a Chatoucka présentement : Neuberne. Je laisse a pencer le lec- teur dans quelle apprehension j'estois et si les sauvages n'avoi- ent pas beau jeu de ce venger contre moy si ie les avois maltraitté & que je n'eus pas bien vécu avec Eux ; nayant rien eu a me re- procher a cett égard, ie me rasseuray un peu & par bonheur ils me receurent très bien; ce qui devoit augmenter mon apprehen- sion estoit, qu'un des Chefs des sauvages de Core, qui n'estoit pas bien porté pour les Anglois ce trouva justement la en visite auprès du Roy Taylor. Cependant j'en fus quitté pour une petite peur: Corne j'estois fort altéré pour avoir parcouru les bois toutte la journée, de crainte que bevant tant d'eau elle ne me fist du mail, par surcroy d'honesteté ils envoyèrent auprès d'une femme ma- lade qui avoit du sidre pour m'en faire avoir, ie ne l'apris que quelques jours après sans cela ie n'en aurois pas tant bu & ie me serois fait de la peine de priver cette pauvre malade d'une boisson dont elle en servoit plutost pour un cordial que pour con- tenter son palais; Pour mon souper le Roy me fist present d'un quartier de Venaison, mais ie me passay ce soir de soupper, fatigué de ma course ie fus bien aise de me reposer, ie fis donc tendre par mon valet ma petite tente pour y coucher mais ie ne dormis guère : Ils firent toutte la nuict des feu de joye dansant et chantant a l'entour faisant quelq fois des Corus & des cris qu'on auroit chassé les loups du bois, musiq différente de celle d'orphée qui apprivoisoit le bestes les plus farouches. Le Lendemain de bon mattin le Roy me dona pour convoy deux sauvages qui me mirent en bon chemin et m'accompagnèrent a la maison après leur avoir doné bien a manger & a boire ie leurs remis un petit present, pour le Roy Taylor & en place de son sydre ie luy en- voyay deux boutellies de Rum ou brantevin de sucre pour en faire part aussi a la pauvre malade cordial bien meilleur, ce qui fust très bien receu a ce que j'ay apris : Ce même Roy ne con- tribua pas peu a mon élargissement après l'assistance divine lors que ie fus condamné a mort par les sauvages de Catechna./

37 De quelle manière je fus pris prisonier des sauvages, con- damnez a mort & miraculeusement délivré; ce qui ce passa parmy les sauvages & ce que j'ay observé; Corne a la fin ie pus retournez et arivé a Neuberne, est a voir cy après.

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Relation de mon advantnre tragiq vers Catechna.

Un jour qu'il fist très beau même aparence d'un terns con- stant, L'arpenteur general Lawson vient m'inviter pour monter la Riviere de Neuws, me disant qu'il a avoit le long de cette Riviere quantité de bons raisins que nous pourrions ceuillir mais ce sujet fust trop foible pour m'y persuader; quelq iours après il revint me donant des meilleures raisons, assavoir que nous pourrions en même tems voir si la Riviere estoit navigable bien en haut que d'une certaine hauteur on pourroit faire un chemin par Terre en Virginie au lieu qu'il faloit passer le grand sound, un golfe, et tant de Rivieres larges, que ce chemin seroit bien court, au lieu que la routte ordinaire estoit éloignée et difficile, jtem pour voir en même tems le Pays d'Enhaut : Il a avoit desia longtems que ie desirois scavoir et voir moy même le distance de News vers les montagnes, item la situation & bonté de ces Pays.

Nous sommes découvert par notre Ind: passant avec le cheval au Village de Catechna. Persuadez par les motifs que ie viens dire, ie me preparay pour un voyage de 1 5 jours, prenant avec nous tout ce que jugions neccessaire pour ne manquer de rien et avoir aussi nos comoditéz, demandant toutte fois Mr. Lawson en particulier, s'il y avoit du danger des Indiens de par la principalement de Ceux que nous ne conoissions pas & dont nous en estion pas connu, il me repondit non ayant fait desia ce voyage sans aucun danger, outre que vers cette branche de la Riviere ou nous tendion il n'y avoit point de sauvages, & que s'il y en avoit qu'ils en etoient bien éloig- nez. Et affin que nous ayons moins a craindre nous primes avec nous deux Indiens sauvages voisins, qui scavoient la langue ang- loise et que nous connoissions pour bons amys leurs ayant fait en mon particulier beaucoup de bien dans la ferme persuasion qu'ils nous serviroient de sauvegardes auprès des Indiens étrangers, nous les joignîmes dont a mes deux nègres pour ramer : cependant L'arpent. Lawson me proposa de prendre avec nous mes deux chevaux disant qu'il me seroit trop pénible & que ie ne pourrais endurer la fatigue d'aller si loin par les bois, prévoyant les in- convénients ie me fis de la peine de prendre avec nous ces chevaux,

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a la fin il me persuada d'en prendre au moins un que nous fismes mener par l'un des Indiens avec le reste de notre equipage nous montâmes dont la Riviere & continuâmes parfaitement bien notre routte ; des longtems il n'avoit fait/ 38 de la pluye & la Riviere estant moins profonde le cours de leau fust moins fort ce qui facilita beaucoup notre voiture, tout le jour nous estions sur leau la nuict nous tendimes nos tentes au bord de la Riviere ou au moins pas loin du bord pour nous reposer & cuire notre soup- per & le diner pour le lendemain, et le bon mattin nous passâmes outre. Cependant notre Indien ne pust nous suivre toujours le long du bord ou près de nous, il falust passer la Riviere en un endroit ce qui fust cause de notre malheur, cae L'Indien vient vers le grand village de Catechna (ie ne scay s'il ce fourvoya du chemin ou s'il le fist par trahison) ou on le demanda d'abord ce qu'il faisoit avec ce cheval, car les sauvages ne s'en servent pas par la. Il repondit, qu'il le devoit nous amener, ne sachant rien de cela nous continuâmes toujours de monter la Riviere (ce qui allarma d'abord les habitants de Catechna qu'ils assemblèrent tout le voisinage, gardant le cheval & disant a notre Indien qu'il devoit aller promptement nous advertir de ne pas passer outre, que deviens rebrousser chemin par ordre du Roy qui residoit la. L'Indien nous dona le signal par un coup de fusil pour nous arrester ce que nous fîmes aussi après avoir repondu de même. Il fus desia tard lors qu'il nous aporta cette méchante nouvelle nous abordâ- mes vers la premiere fontaine ou source d'eau, affin d'y prendre notre quartier, mais nous rencontrâmes desia la deux sauvages ar- mez corne s'ils venoient de la chasse, je dis la dessus que cela ne me plaisoit pas, que nous ne métrions pas pied a terre mais rebrous- serions chemin. L'arpenteur gen : ce mocqua de moy, et voulust absolument aborder, mais a peine avions nous mis pied a terre la chose devient sérieuse et le rire luy passa.

Une trouppe de sauvages armez nous arrcste et nous mené priso-

niers auprès du Roy Hencock.

Dans un clin d'oeuil une si grande quantité de sauvages

sortants hors des buissons, d'autres passant a la nage la Riviere

nous surprirent tellement qu'il nous fust impossible de nous def-

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fendre, a moins qu'eussions témérairement voulu risquer notre vie et attendre des traittements les plus cruels & barbares ; Il falust dont nous rendre a une si grande foule de sauvages & plus barbares si nous leurs avions résisté dans lesperance que quand le Roy & son conseil auraient ouis nos bones raisons nous serions libereéz : après nous avoir pillez et jette dans la Riviere nos provisions hormis quelques biscuits de pain que quelques uns d'eux prirent, ils nous prirent prisoniers & nous amenèrent. Nous avions desia fait deux puissantes journées guère loin d'un autre village nomé Coerutha, & nous ne pûmes découvrir encore aucune montagne ny monticule, la Riviere y estoit encore assez large et auroit esté navigable par des batteaux plus gros, restoit la grande sécheresse qu'il fist alors./

39 Reception du Roy Hencock.

Nous avions prié les sauvages de nous laisser en cett en- droit pour cette nuict avec quelques gardes s'ils doutoient de nous, que ie ne pourrais aller si loin a pied ayant les jambes fort foibles que le mattin nous descendrions la Riviere pour voir le Roy a Cathechna & nous justifier, mais nous ne pûmes obtenir cette faveur, une capture si rare et considerable les rendit fiers, car ils me prirent pour le Gouv : de la Province même, nous fumes dont contrainct de courir avec Eux toutte la nuict par brus- sailes & marets, iusquace que nous fumes arivé environ 3 heures du mattin a Cathechna ou Hencock Towne, cela veut dire le vil- lage de Hencock, ou le Roy nomé Hencock estoit assis avec son conseil on gloire sur un espèce d'eschaffot quoy que les Payens ou sauvages ont de coutume de s'assoir a Terre. Apres une har- angue a ce qui paroissoit fort outrée dite par le Conducteur ou Capite. de notre escorte, le Roy ce leva avec son conseil et vint auprès de nous avec le premier Capite. de Guère nous aprochant et nous parlant d'une manière fort civile mais ie n'y entendis rien hormis Larpent1". gen. qui scavoit un peu de leur baragoin, bien- tost après le Roy entra dans sa cabine, nous restâmes vers le feu, (Les Ind. faisant du feu partout ou ils s'assemblent ou s'arrest- ent) nous estions gardez vers ce feu par 7 ou 8 sauvages contre les 10 heures chacun de ses Ind. sortit de sa cabine l'un icv lautre

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la, on tient conseil, & on disputa beaucoup si nous deviens être liez corne des criminels ou non fust conclus que non puisque n'avions pas été encore entendus, environ midy le Roy nous ap- porta luy même a manger une sorte de pain fait de bled lom- bard (ils appellent ce pain DumplinsJ et de la venaison, dans son bonnet fort dégoûtant, quoyqu'a lordinaire les sauvages ne se couvrent pas, Il est vray que i'en mangay contre mon gre, en partie pour ne pas offencer le Roy, et que j'avois bien faim n'ay- ant rien mangé de 24 heures, et on nous laissa la liberté de nous promener dans le village en attendant la grande assemblée.

Grande F este ou assemblée gen: des Ind: Sauvages a Hencock

Town. Contre le soir il y eust une grande Feste ou assemblée de touts les lieux voisins, au sujet de deux choses, i°. il sagissoit cornent ce vanger du mauvais traittement que quelq méchants Carolins Anglois bordant & demeurant le long des Rivieres de Pamptego, News & Trent leurs avoient fait. 2°. pour sonder si leurs voisins Ind : seroient enclins a leur doner du secours. NB : on observera icy que cest ny nous ny notre Colonie qui fust la cause de ce terrible massacre & Guerre Indienne corne on le verra ca et la dans ma Relation et principalement pag 47 Le lecteur apprendra icy que les Ind. sauvages ont de coutume d'avoir touttes les Années une grande feste ou assemblée, tant pour régler leurs propres affaires, que pour negotier avec les marchants chrétiens qui sachant ce Rendezvous general qui ce fait générale- ment au mois d'8tobre, c'y trouvent./ 40Apres le soleil couché ariverent une foule d'Indiens de tout cotez avec les Roys voisins. L'Assemblée des Grands corne ils noment leur supérieurs, con- sistant en 40 Anciens assis a Terre a lentour d'un feu a leur ma- nière fust a 10 heures du soir, sus une grande plaine particulière- ment destinée a des grandes festes et executions. Le Roy Hen- cock en fust President, il y eust dans le rond ou cercle une place destinée pour nous, ou il y eust deux matts faits de jon ou rose- aux, marque de grande defrerence et honneurs parmy Eux, nous nous mimes dont dessus. L'Arpentr. gen. Lawson et moy et notre parlier l'Indien qui estoit venus avec nous sachant la langue

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Angloise ce mist a notre gauche : Le Roy fist signe au parlier de L'Assemblée qui fist une harangue d'une manière grave & il fust ordoné que le plus jeune de L'Assemblée représente et dé- fende les interests de leur Nation, ce qu'il fis en meilleure forme a ce que Mr. Lawson m'a dit, il estoit assis proche de notre parlier & interprète. Le Roy fist les propositions & les questions et on disputa la dessus dabord et en très bon ordre pour et contre, après la consultation suivit la conclusion.

Gravité de l'assemblée générale des Indiens. J'ay vue beaucoup d'assemblées considerables & d'importance et j'ay même assisté en quelques unes, mais j'ay esté surpris de la gravité & bon ordre de ses payens de leur silence moderation, obéissance du Respect envers les supérieurs, persone ne parle qu'a son tour et cela qu'une fois et avec une grande décence & modestie, on y remarquoit point de passion & on donoit assez de tems pour répliquer. Enfin tout ce passe en telle bienséance que ie puis bien dire a la Confusion & honte de beaucoup de Magis- trats chrétiens, que ce process fust démené en aussi bon ordre que d'aucun Juge chrétien, & ont si bien raisoné que i'en fus tout surpris.

Examen.

La premiere question fust, a quell but nous avions entrepris ce Voyage? Notre reponce fust que nous estions monté la pour notre recreation de ceuillir des raisins n'en ayants pas chez nous, mais que le principal sujet estoit pour voir si la Riviere estoit navigable iusques en leur quartier affin de leur apporter ou am- mener des marchandises par eau a meilleur marché dans le des- sein de negotier avec Eux et d'avoir bone correspondance par ensemble. Le Roy nous demanda plus outre pourquoy nous ne luy avions pas comuniqué notre dessein disant, que nous ne devions pas passer sus ses Terres sans sa permission que si nous l'estion allez voir il nous seroit arivé aucun mail & nous répondî- mes que si nous avions passé plus près de luy, que nous n'aurions pas manqué de le voir et que nous n'avions pas cru d'etre obligé de luy demander permission pour passer par la que nous exigons pas autant d'eux leur estant libre de passer sur les nôtres ; il fust

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répliqué que touttes ses Terres apartenoient a Eux les Indiens come legitimes Posseseurs et que les chrétiens n'en estoient que des usurpateurs etc./

41 Je repliquay encore que ie ne repondois pas pour d'autres, mais que pour moy que ie n'avois pas seulement achepté une fois mes terres, mais que ie les avois payé deux fois & bien chères, témoin le Roy Taylor qui estoit bien satisfait de moy, et que si mes Colonistes en possedoient des quelles Eux les Indiens en tendoient que ie le leurs offrois quoy qu'il soit fâcheux de payer deux fois une même chose les ayant payéez aux Seigr. Prop, de Caroline etc.

Notre Libération.

Apres cela on fist encore une plainte générale, que les habi- tants des Rivieres de Pamptego Neuws et Trent avoient fort mail traitté quelques uns d'entre Eux les Indiens ce qu'on ne pouvoit plus souffrir nomant les Autheurs et même L'arpenf. gen : Law- son present, qui d'abord s'excusa le mieux qu'il put. La dispute finie & la deliberation en suivie, l'assemblée conclut que nous seri- ons libérez, et on nomma le jour suivant pour notre retour.

2* Examen.

Le lendemain il s'écoula assez de tems avant qu'on nous amena notre Canou, ou petit batteau, pendant cett intervale quel- ques uns des Grands avec deux Roitelet étrangers vinrent curieux de scavoir quelles raisons de justifications nous avions furent la cause d'un second examen qui ce fist dans la cabine du Roy Hen- cock a 2 miles du village ou nous avions couché & d'où nous voul- lions partir pour nous en retourner chez nous : Nous fîmes dont la même reponce et primes bien garde de nous pas coupper, par mal- heur un Chef du village de Core estoit la, qui reprocha quelq chose a Mr. Lawson qui ne manqua pas de répliquer, la dispute devient forte ce qui gasta toutte notre affaire, quoy que ie fisse touts mes efforts pour faire cesser Lawson a disputer ie n'en pus rien obtenir.

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Dispute de Lawson avec Cor Tom Cause de notre malheure. L'examen finis nous nous levâmes touts, après en nous pro- menants nous deux ie reprochay a Lawson fortement son impru- dence dans une conjuncture si delicatte, a peine avoisie achevé de dire ce que ie voullois 3 ou 4 des grands vinrent fondre sur nous tout effarouchez, nous prenant par les bras, nous menèrent & nous posèrent bien rudement a Terre a l'endroit ou nous avions esté auparavant a l'examen, il ny eust point de matts posé de- vant nous, ils prirent nos chappeaux & nos peruques & les jet- terent au feu, après des jeunes méchants garniments nous pil- lèrent pour la seconde fois visitant nos poches ce qui n'ariva pas la premiere fois, ce tenant alors seulement aux choses esterieures, prenant nos armes, meubles, utensils etc./

iz Condamnation de mort de Lawson et la mienne. En suite on tient conseil de Guerre & on ce trémoussa beau- coup pendant toutte cette nuict quoy que nous ne scavions pas ce qui pouvoit être la cause d'un changement si subite, voyant cependant par les demarches de ces sauvages qui nous regardoient d'un oeuil fort irrité que nous estions en grand danger, nous fîmes touts nos efforts tant par bones raisons que par promesses pour ramener ces esprits irritez, y estant trouvé par bonheur un Indien du voisinage qui sceut l'anglois, nos Indiens de Chatoucka ny estant pas, sestant absentez, sans doute de crainte que si nous les avions en notre quartier par soubson nous les ferions passer mail leur tems; outre qu'ils estoient obligé de ce mesnager et ce bien garder de faire paroitre la moindre defference ou penchant pour nous ; nous fumes toutte la nuit assis a terre dans la même posture corne on nous y avois mis jusques a l'aube du jour & rien ne fust capable de les émouvoir, il y eust un Indien assez charitable qui m'advertist que nous estions en danger de notre vie, La nuit estoit bien obscure aussitost qu'on voyoit un peu pour marcher, une trouppe de sauvages nous menèrent a la grande place dexecution, méchant signe pour nous, je me tournay vers Lawson luy reprochant comme son imprudence & dispute altérée avec Cor Tom, estoit la cause de notre malheur & que ie voyois bien que c'estoit fait de nous, qu'il n'y avoit rien de meilleur que

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de faire la paix avec notre Dieu & nous preparer a la mort ce que ie fis en mon particulier avec tout le zélé imaginable.

En arivant au dit Lieu Le Grand Conseil fust desia assemblé. Je vis par hazard dans cette foule de monde un sauvage habillé en Européen, avant qu'on nous fist entrer au cercle ou plutost presenter devant nos Juges, ie luy fis signe me persuadant qu'il scavoit quelq peu d'anglois il vient, et ie le demanday sil ne scavoit pas la cause de notre condamnation. Il me repondit en me rechignant, pourquoy Lawson avoit disputé avec Cor Tom? Et pourquoy nous avions menacé de voulloir nous venger contre les Indiens? Sur cela ie pris l'Indien a coté luy promettant tout ce que ie jugois capable de le tenter, s'il voulloit m'écouter et racconter mon innocence a quelq Grands, j'avois assez a faire a le persuader, a cela a la fin il m'ecouta, ie luy raccontay dont que j'estois bien fâché que Lawson avoit disputé si imprudement avec Cor Tom, que les assesseurs du conseil de Guerre avoient bien vu et pu remarquer Eux mêmes que j'avois repris Lawson plusieurs fois qu'ainsi ie n'en pouvois rien, et pour ce qui estoit des men- aces qu'on n'y avoit pas seulement songé, qu'il y avoit sans doute un mesentendu, que bien loin de songer a aucune vengence nous aurions plutost cherché les moyens de recconoitre leur bone Justice & bon traittement, que d'ailleurs, si nous/ 43 avions parlé fort que cestoit a loccassion de cette dispute sus mentionée & de mes nègres contre lesquells Lawson avoit fait des plaintes pour quelques insolence, n'ayant eu autre parole que ce que ie viens de dire. Apres que l'Indien m'eust écouté ie luy reiteray mes pro- messes et il me quitta. Je ne scay si ce drôle aura dit quelq chose en ma faveur ou non, mais en 4 heures après les anciens grandes revinrent et nous menèrent sus la grande place d'exécu- tion, nous posant a Terre nous attachant les bras et les jambes avec une corde, ils en firent de même au plus gros de mes nègres.

L'Arpent: gen: Lawson & moy posés et lies devant le Tribunal

Indien. 40 Contretems Capital. Cérémonie d'exécution.

C'est alors que notre triste Tragédie comenca jen feray icy

un petit detail. Au meillieu de cette grande place nous estions

assis a terre a la manière jndiene, L'Arpenteur general Lawson

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& moy, Liez & déshabillez iusque a la chemise & les Culottes, tete nue, derrier moy dans la même posture le plus gros de mes Nègres, devant nous il y avoit un grand feu, de la du feu une pe peau de loup a terre, tout près un sauvage debout dans la plus affreuse posture qu'on pust inventer avec une petite hache, qui ne bougoit de la place, ce fust le bourreau sans doute, plus avant il y eust encore deux peau de loup érigées ou pendantes a une perche plantée en terre, plus en delà il y eust une trouppe de canaille In- diene de jeune homes, femes et enfants dansents en des postures a faire peur dans un cercle, que le Conjureur, (c'est ainsi que les anglois le noment) autrement le Grand Prêtre, fist avec de la farine ou sable bien blanc, il y eust en dedans ou plus au meilleu encore un rond ou semblable cercle dans lequell fust ce Conjureur qui fist des menaces & exorcissmes faisant milles sin- geries & postures, a l'ouverture du rond il y eust encore deux sauvages assis a tere qui battaient un petit tambour chantants d'un ton fort lugubre qui provoqoit plutost des larmes & de la Colère que de la joye ; Lors qu'il y avoit une pause dans la dance, le Conjureur reccomencoit ses singeries aux 4 coins des officiers armez battant des pieds animèrent les danceurs et a la fin de la dance tirèrent quelques coups. Apres qu'ils furent lass de dancer, ils coururent touts dans les bois avec des terribles cris & hurlements, et revinrent bientost avec des visages fardez de noir rouge & blanc, une partie avec des Cheveux ouverts deffait, engraissez et parsemez de cotton et petites plumes blanches, une partie couverts de touttes de peticeries; Enfin ils furent mas- quez dune manière si terrible et affreuse qu'on les auroit pris plu- tôt pour une trouppe de Diables que pour d'autre creatures, avec cette nouvelle decoration ils reprirent leur dance & selon lecqui- page ils firent des postures. Ce terrible spectacle me remit en mémoire nos dances & mascarades Europeenes, come encore un reste des ceremonies payennes dont les chrétiens s'en devroient passer, et autant de plaisir que ie prennois autrefois a la dance autant d'horreur en ayie présentement, ne les pouvant regarder quavec detestation./

44 Contre le soir la trouppe cessa de dancer pour aller quérir du bois dans la forest affin d'entretenir le feu en divers endroit

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particulièrement ils en firent un plus avant dans les bois qui dura toutte la nuit et si grand que ie crus que toutte la forest estoit en feu, & pas loin du cercle ou ils dansoient ils firent une grosse tiche de bois assez régulière et c'estoit sans doute la dessus ou nous devions être brûlez.

Derrière nous il y eust une rangée d'Indiens armez pour gardes ne bougeant de leur poste jusqu'à ce que tout fust finis ; derrier cette garde estoit assis a leur mode le Conseil de Guerre en rond fort occupé en consultations: Tout le jour et toutte la nuit ie fus la grande devotion toujours au même endroit et dans la même posture résolu de mourir ; Helas ! mille pensée roulèrent dans ma Cervelle tout me revenoit en mémoire des mon jeune âge iusques autant que ie m'en pus souvenir jusques au moindre pecatilles: Je m' appliquay et mis en usage tout ce que j'avois lu dans la Ste. Ecriture, Psaumes, et autres bon livres, bref ie me preparoy si bien que ie pus a une fin salutaire; ouy ce Dieu miséricordieux me fist tant de grace que j'attendois ma fin d'une grande fermeté quoy que ie prevoyois une terrible execution. Apres avoir souffert des grandes angoisses plus fortes que la crainte de la mort même il me resta pourtant ie ne scay quelle espérance quoy que ie ne vis aucune marque de délivrance de- vant moy, de même que ce présentèrent auparavant devant moy mes pechéz passez, ie trouvay en contre une grande consolation, considérant les miracles que le Seigr. Jésus avoit fait de son tems en Terre, cela me suscita une telle confiance, que j'adressay la dessus mes prières ardentes a mon Divin Sauveur, persuadez que mes prières seroient exaucées & qu'il changerait ces coeurs sauvages & barbares plus dures que des Rochers a m'estre plus favorables & qu'a mes fortes instances et representations ils seroient touchez de pitié & de commiseration pour me faire grace, ce qui ariva aussi par la miraculeuse providence Divine.

Mon dernier Refuge et represation au Conseil de Guerre. Lorsque le soleil ce coucha le Conseil s'assembla encore une fois sans doute pour mettre fin a cette terrible & triste cérémonie & execution ; Quoy que liés ie me tournay un peu en ariere, sa- chant qu'il y avoit un parmi Eux qui scavoit assez bien la langue

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angloise, et ie fis un discour fort succinct représentant mon in- nocence avec insinuation, qu'il dévoient bien songer ce qu'ils faisoient, que s'ils ne m'espargroient pas, La Grande & Puis- sante Reine d'Angleterre vangeroit mon sang & que toutte leur Nation seroit détruite ce qui me faisoit plus de peine que de perdre ma vie, plaignant les innocents qui patiroient avec les Coupables, disant plus outre/ 45 que je n'estois pas venue dans ces Pays en mon particulier, mais que i'avois menez ma Colonie par ordre de cette grande Reine, par excellence les Indiens l'ap- pellent la Grande Reine, et non pas pour leur faire de mail mais plutôt pour leur faire du bien, que ie pretendois de bien vivre avec Eux, ce qu'ils verraient en effects s'ils me libéraient, leur offrant en ce cas mes services etc.

Notre execution suspendue Députés envoyés chez les Tuscoruros. Mon discours finis, j'observay qu'un des principaux Parent du Roy Taylor cy dessus mentioné & qui avoit témoigné me voul- Ioir du bien lorsque ie fus encore en liberté m'ayant apporté a manger, parla fortement en ma faveur a tout apparence, car on prist une resolution la dessus d'envoyer une deputation vers leurs voisins les Tuscoruros et un certain Roitelet nomé Tom Blount en grand credit auprès des Indiens de Pamptego & amy des Ang- lois qui fust bien porté pour moy; N.B. Les Tuscoruros sont la Nation dominante des Indiens de Nord Caroline et d'une partie de Virginie il y a 7 villages capitaux qui ont L'Empire sur ces trouppeaux voisins les tenant en certaine bornes et soumission. Leur Résultat fust qu'ils ne trouvoient pas matière suffisante pour me condamner a mort et que pour moy ils dévoient avoir des égards particuliers mais que pour L'arpenteur Lawson, ils feroient ce qu'il leurs plairoit.

Les Indiens nie libèrent et Lawson remis a discretion du Roy

Hencock. Je passay toutte cette nuit en des grandes angoisses ne sa- chant ce que voulloit dire ce grand silence et retard sur tant de bruit qu'on fist le jour, toujours lié au même endroit ie ne cessay pas de prier & soupirer continuellement cependant mon

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pauvre negre me fist pitié, l'examinant et exhortant le mieux que ie pus, qui me dona plus de satisfaction que ie me l'imagi- nois, L'Arpenteur gen: someilloit presq toujours, et moy qui n'avois pas dormis de 3 fois 24 heures ie fus obligé de me peincer et me mordre les lèvres et les doits pour ne me pas laisser surpren- dre du someil en un tems ou touts les moments estoient si précieux pour sauver mon ame que la vie. Le mattin environ les 3 ou 4 heures les députez revinrent de chez leurs voisins Tuscoruros après avoir sans doute fait le rapport de leur negotiation au con- seil, meis fort secrettement et sans bruit, un d'entre Eux vint vers moy pour me délier & detacher, ne sachant pas ce que cella devoit signifier, ie me soumis a la volonté du Tout Puissant avec une entière resignation reccommandant mon ame au mérite de mon Divin sauveur & suivant mon homme corne une pauvre brebis a la boucherie. Quelle surprise? quand a 10 ou 12 pas de la, L'Indien me dit a l'oreille d'un baragoin anglois, que ie ne devois rien craindre que ie ne seray pas tué, mais bien Lawson, je laisse a pencer le lecteur quelle emotion une semblable nouvelle a pu causer a une persone dans une semblable extrémité, dans cette situation ie fus tout intdis & come tombé des nues/ 46 d'un coté, ie ne me fiois pas bien a ce que l'Indien me dit, d'autre coté ie ne desesperois pas de la miséricorde du Tout Puissant, ainsi ie dis en moy même Seigneur tu es Tout Puissant et miséricor- dieux ta Volonté soit faitte: a peu près de 20 pas plus outre ie rencontray une multitude d'indien hommes femmes et enfants qui unanimement témoignèrent de la joye de ma délivrance avec des acclamations que les bois en retentissoient & d'abord un de leur grandes m'apporte a manger, mais je n'eus pas appétit. Le même Indien après nous être reposez un peu me ramena sur la vielle place mais un peu plus avant, ou le conseil fust assemblé me félicitants a leur manière avec un sousris; Cependant L'Indien qui me ramena me deffendis en chemin faisant de ne rien dire a Mr. Lawson même de ne luy pas parler sous peine de Vie, mon negre fust aussi libéré mais ie ne le revis des lors: Le pauvre Lawson restant toujours au même endroit, voyant bien que c'es- toit fait de luy, prist congé de moy me priant de saluer ses amis. Helas! ie fus bien touché de le voir dans un si grand danger et

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de n'oser luy parler ny luy doner aucune consolation ie luy te- moignay ma condoléance par quelques signes. Un peu de tems après celuy qui parla en conseil en ma faveur me prist par la main et me mena dans sa cabine, ou ie me devois tennir que jusques a des nouveaux ordres.

L'exécution de l'arpenteur gen: Lawson.

Cependant on excuta le malheureux Lawson L'arpent: gen- eral, pour ce qui est de la forme d'exécution ie ne scay rien de bien precis. J'ay bien entendu dire de quelques Indiens qu'il fut menacé de lui couper la gorge avec le rasoir qu'on trouva dans sa poche ce que me dit aussi le petit nègre qui ne fust pas exécuté, avec cette circonstance que ne l'ayant pas pu achever on luy dona un coup de hache et après il fust mis sus la tiche de bois ou il fust brûlé avec les os en cendre.

Les Indiens déclarent de vouloir faire la Guerre aux Carolins et qu'ils ne pouraient laisser retourner, tellement quil me falut rester plusieur semaines par la.

Le jour après l'exécution de l'Arpenteur general les Princi- paux du Village & des environs me vinrent voir me donant advis qu'ils estoient en dessein de faire la Guerre aux Carolins, qu'ils en voulloient particulièrement a Ceux des Rivieres de Pamptego, Trent & Corsound qu'ainsi ils ne pouvoient encore me laisser aller chez moy par des bones raisons iusquace quils ayent achevé leurs expeditions; Que faire? il falut avoir patience car touttes mes raisons n'y firent rien, il m'estoit pourtant bien sensible d'en- tendre de si méchantes nouvelles et me voir hors d'etat d'em- pêcher ce malheur, ny seulement pouvoir doner le moindre advis a mes gens: Il est vray qu'ils me promirent qu'il n'ariveroit au- cun mail a Chatouka endroit de ma Residence et que ceux des Plantations dévoient ce retirer en ville, que sans cela ils ne re- pondroient pas du mail qui leurs en ariveroit./

47 II est vray que c'estoit des bones paroles, mais cornent le faire scavoir a mes peuvres gens puis que pas un Indien voul- loit porter l'advis.

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Le Sauvages remettent de leur brigandage avec leur butin et des prisoniers Carotins. Ceux qui commencèrent ce pillage et brigandage etoient au nombre de 500 homes bien armez partagés en plottons ils etoient de divers endroits, partie de Tuscoruros (mais aucun des prin- cipaux), des Marmusckits, Bay, Weetock, Pamptego, News, Trent & Cor Indiens, attaquant de nuict ou de grand mattin a la sourdine une Plantation icy et l'autre la quelques uns en surpri- rent même le jour, venant come amys ce faisant doner a manger tenants bone mine jusqua ce quils virent occassion a jouer leur coup pour les massacrer, sestant doné le mot de faire leur hor- rible expedition en un même tems ils firent un terrible brigan- dage, grand nombre de Carolins furent tuez les femmes et les enfants fait et ammenéz prisoniers, de ma Colonie il y en eus près de 70 tuez et prisoniers. Peu de jours après ces Brigands revinrent de leur expedition avec leurs butins: Hela! quell triste spectacle pour moy, le coeur me fendist presq quand ie vis am- mener ces pauvres femmes et enfants prisoniers, ie pouvois pour- tant leur parler mais avec bien de precautions, les premiers vin- rent de Pamptego les autres de News et Trent ; Justement l'In- dien chez qui ie logois amena avec luy un jeune garçon fils de l'un de mes grangers, beaucoup d'habits & de meubles que ie con- noissois, ce qui me fist bien aprehender qu'il y avoit du mail pour ma Colonie, ie ne manquay pas de veiller l'occassion pour parler seul et a l'insceu des Indiens a ce garçon pour m'informer ce qui s'estoit passé par la ; il me racconta dont avec des larmes que notre hoste avoit tué son Père, sa Mere, son frère, voire toutte la famille par la ie pouvois conclure ce qu'en estoit des autres quel Crevé Coeur que j'en eus d'un traittement si barbare & d'une perte irreparable tendant a ma Ruine totale, il faloit encore bien me garder de faire le moindre semblant de desaprouver un si hor- rible brigandage: Lorsque ie fus un peu reassuré de l'appuis de Mons. le Gouverneur de Virginie come on le verra cy après par le mandat quil envoya a la Nation des Tuscoruros, je leurs en fis pourtant des reproches pourquoy ils avoit si mail traitté mes gens ils me repondirent qu'estant meléz parmy les Carolins qu'on ne pouvoit les connoitre & qu'ils dévoient ce retirer a Chattoucka

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que la il ne leur seroit arivé aucun mall, outre qu'a l'expédition de News et Trent la plus grand part estoient des Indiens voisins, que pour Eux ils avoient agis presq touts le long de la Riviere de Pamptego. Ces raisons pouvoient passer pour des sauvages, mais semblables petites excuses n'auroient eu lieu auprès des Euro- péens, il falut m'en contenter sans beaucoup raisoner./

48 Je fus obligé de rester encore plusieurs semaines parmy ses sauvages, autant que ie les trouvois auparavant raisonables et équitables en leur Grand Conseil concernant mon examen autant les trouvay ie desraisonables et barbares en cette action de brigan- dage: Le lecteur peut bien s'imaginer que j'y ay passé ce tems de ma detention bien triste toujours en crainte dangers et cha- grins inexprimables. Je feray icy que la narration de ce que iay remarqué de leur culte Religieux & autres choses qui c'y sont passées pendant mon triste séjour en ces endroits.

De crainte que les Tusc. m'enlèvent deux femmes me cachent dans

la brussaille.

Lorsque les Tuscoruros passèrent pour lexpedition de leur brigandage, de crainte que ie ne fus mail traitté et enlevé par ces sauvages étrangers, les hommes des Catechna estants desia par- ties deux femes vinrent touttes estoufflées pour me prendre et me cacher dans le fond d'un petit valon plain de roseaux et de brussaille il falut my coucher couvert de ces roseaux iusqu' a ce que ces Indiens étrangers fussent passez, cela me durant trop longtems ie m'y suis ennuyé et ne pus attendre plus longtems dans ce villain desert, m'imaginant que peutetre ses femmes mau- roient oublié, ie me levay dont et regarday si ie ne voyois per- sones, les hurlements que les Indiens font a lordinaire quand ils vont a quelq expedition estant calmez ie me rasseuray et pris le chemin de ma cabine ny trouvant persone ie my tiens quoy, quelques heures après ces pauvres femes touttes eplorées de m'avoir perdu vinrent dans la cabine et bien surprises de my voir; Elles ne manquèrent pas de m'en faire des reproches par des signes j'en fus quitte pour cela et rien d'autre ne m'arriva.

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Tout estant sorti. Cérémonie des Sauvages dans leur Fete de Triomphe. Funérailles des Indiens. Un autre jour pendant l'absence des homes de Guerre & que les femmes sortirent touttes du village pour ceuillir des cerises sauvages tardives & des patatos, racine très bone pour manger boullies ou grillées dans les cendres, ie fus dans une grande per- plexité me trouvant tout seul dans le village ie combatis fort si ie devois me sauver et m'en retourner chez moy dans cette in- certitude ie trouvay, que le meilleur partis etoit de prier le Bon Dieu pour ne mettre en pensée ce que ie devois faire en une con- joncture si delicatte & dangereuse, après ma prière faitte i'exam- inay la chose pour et contre, trouvant a la fin que le plus seur etoit de rester meconstant que celuy qui m'avoit délivré du premier danger, m'ayderoit plus outre; car si seulement un seul Indien m'auroit rencontrez j'aurois esté un home mort sans grace, et ces sauvages auroient ete tellement irritez & auroient brûlé tué saccage et pillé la ville et tout ce qu'il y auroit eu dedans, au lieu qu'ils l'ont épargnée. L'expérience a fait voir qua j'ay prist le meilleur partis./ 49 Quand ces payens eurent fait ou achevé leur expedition barbare ils revinrent a la maison & ce reposèrent pour quelq tems, avant leur arivée leurs femmes adver- ties par des avant coureurs ce préparèrent pour une grande Fete a la nuict chaque famille eriga sur la grande place d'exécution, ou ils font généralement leurs ceremonies publiques des echaffauds, ou ils apportèrent le meilleur qu'ils avoient pour faire bone chaire et se régaler avec leurs maris et la famille. Au meillieu de la place on fist un grand feu vers le quell le grand Prêtre ce tient de bout, les femmes prirent leurs ornaments, consistants en colliers de coralles de verre et d'ecaille d'huitres calcinés, et les attache- rent a des batons, les portant des leur cabines en cérémonie vers le prêtre ou conjureur come les Anglois les appellent, les plantant la a terre corne un sacrifice considerable; Il y eust encore au meillieu de cette place 3 perches plantées a terre ou estaient pendu une peau de cerf a chacune, servant d'Idole qu'ils n'ado- rent mais respectent. La Reine ou en son absence la premiere feme de consequence ce comanca la premiere a ouvrir la céré- monie en chantant des la cabine jusques a la grande place, ainsi

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touttes les autres quand le cercle fust complet, Elles dancerent a lentour du feu le Prêtre et les 3 peau de Cerf, jusqua ce quelles furent lasses, après chacune ce retira vers son eschauffaut pour manger: des la ses femmes retournèrent en la même process vers la grande place tenant en leurs mains d'autres batons ou verges entortilles de noir et blanc les quelles elles mirent a la place des autres ou estoient attachez les colliers de coralles les quells Elles remportèrent chez Elles. Cependant le Prêtre fist son office dans ce cercle, faisant milles singeries, menaçant les Ennemis et louant les braves soldats brigands les animant plus a semblables bravoures. Apres cela les jeunes hommes allèrent quérir des branches vertes dans le premier bois le plus proche, revenants du bois fardez de noir blanc et rouge au visage accoururent avec des cris et hurlements épouvantables vers la dite place et dancerent aussi corne les femes mais en des postures moins modestes. En suitte on mena les pauvres prisonieres dans le cercle femes et en- fants, et les femmes du premier rang les contraignirent a dancer, le refusant Elles les prennoient dessous les bras, tantôt les levant tantôt les baissant pour marque que les chrétiens estoient présente- ment contraints de dancer a leur mode et qu'ils estoient sous leurs nomination. Parmy les Indiens de Catechna ie n'ay pas vu ny pu observer autre culte Religieux et devotion hormis que le mattin avant que de ce lever ils chantoient une petite chanson séri- euse, au lieu de prier ce qu'ils font aussi en grande dangers. Leur mariages se font sans beaucoup de cérémonie, mais en leur funé- railles ils font beaucoup de façon./ 50 J'ay remarqué quelq chose fort particulier a l'ensevelissement d'une veuve ; Les sépul- cres ou tombeaux de ces Indiens sont faits avec beaucoup d'arti- fice, ils sont voûtez et faits décorce d'arbres, quand on porte le mort au sépulcre un ou deux Prêtres ce tienent debout auprès, en faisant des grandes Lamentations, ils font un long discours funè- bre selon leur manière, s'il y a quelq chose a espérer, ils louent beaucoup les actions et la conduite du mort, ou de ces Parents les consolent et font ie ne scay quell, exorcissme horribles. Enfin ils ce donent bien de la peine tant en gestes qu'en paroles, telle- ment que les prêtres etoient touts en sueur: Apres la cérémonie les hoirs ou les plus proches donent au Prêtre des colliers de coralles

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calcinées d'ecaille d'huitres leur plus précieux ornament qui sont de couleur purpre, jaunes et blanc reccompence la plus précieuse qu'ils puissent faire: (Les Indiens font de ces coralles des jare- tieres, colliers ceintures, si bien entrelasséz et avec tant d'adresse que j'en fus tout surpris). Apres que le sépulcre fust couvert i'observay une chose qui passa mon imagination, et si ie ne l'avois vu moy même, ie le croirois une fable: De dessus le sépulcre il s'éleva un petit feu flamboyant corne une grosse chandelle mon- tant droit en haut sans bruit passa en droite ligne par dessus la cabane de la défunte, et delà plus outre a traverrs dun grand marest plus d'une demiy lieu d'étendue iusquace qu'il disparut a faute de place dans un bois.

Lorsque voyant un evenment si surprenant ie demanday ce que cela signifioit, les Indiens ce mocquerent de moy corne si ie devois scavoir que cela n'estoit point rare parma Eux, pour- tant ils ne me voulurent pas dire ce que c'estoit, tout ce que i'en pu apprendre fust, qu'ils tienent beaucoup la dessus, autant que cette lumière leurs est d'un bon augure & qu'ils en estiment heureux le défunt autant l'estiment ils malheureux lors qu'il en sort du sépulcre une fumée noire & epesse. Cette flamme vo- lante ne pouvoit pourtant pas être un feu artificiel accause de la grande distance, cela auroit pu ariver phisiquement corne des exhalalaisons de souffre, mais cette grande régularité passe la nature.

Les Sauvages croyait a la transmigration de l'âme. Me trouvant une fois après mon retour chez Monsieur le Gouv: Hyde occupez avec le conseil a faire une bone paix avec les Indiens dont 7 ou 8 de ces Roitelets furent present come dépu- tez de leurs nations avec une suitte d'autres Indiens ie remar- quay qu'il y avoit parmy Eux un Prêtre lequell ie demanday ce que cela signifioit ce que ie viens de racconter cy dessus, dépassé 20 Ind: quil y avoit la il n'y eust que luy et un ancien viellard qui purent m'en doner l'explication, disants que ce n'estoit que des vieux Prêtres expérimentez qui avoient la faculté de faire de semblables visions./ 51 Les demandant ce qu'estoit cette flamme volante montant de dessus le sépulcre du défunt ils me

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repondirent que c'estoit Lame du défunt ou de la défunte qui passoit dans une autre Creature, si la persone avoit bien vécu et s'estoit bien comportée ; mais que si Elle avoit mail vécu Lame passoit en une Creature vilaine méchante & malheureuse ; Les demandant plus outre par quelle voye ces Prêtres parvenoient a cette science d'autant qu'ils estoient Médecins et magiciens pou- vant même citer & convoquer le Diable & le renvoyer, ils me dirent la dessus une chose si fabuleuse que ie ne veu pas choquer les oreilles du lecteur de semblables sornettes.

Le dernier remède Médecins ou Petres Ind: Je diray en peu de mots ce que ces conjureurs ou Médecins prattiquent quand un malade est dans l'extrémité, quand leurs remèdes ne veulent plus opérer. Ils font plusieurs grimaces, postures & figures et ie ne scay de quell enchantement ils soufflent leur haleine dans la bouche du malade avec un gros murmure et ronflement, si le malade en revient c'est une joye inexprimable, s'il meurt ils font des hurlements si lugubres que cela fait peur.

Charité d'une veuve Indienne. Les bonnes qualités des Sauvages. Corne ie viens de racconter ce qui s'est passé aux funérail- les d'une veuve, ie ne peu de moins que de dire aussi quelque chose de la grande générosité & charité d'une veuve, la quelle me dona a manger des le comencement de ma detention auprès des sauvages, quoy que des ma liberation mon hoste ou ie fus logé ne me laissa manquer de rien, cependant cette bone veuve fust fort assidue a me soigner et continua nonobstant a m'apporter a manger: mais elle fist voir particulièrement sa générosité a legard de mes boucles d'argent que des jeunes garniments prirent lorsque ie fus posé et liez devant le Tribunal Ind: remarquant quapres ma liberation j'avois lié mes soulliers seulement avec un simple cordon, Elle n'eust point de repos iusqu'a ce quelle eust retrouvé mes boucles, et en attendant Elle prist ses belles boucles de cotton dont Elle boucloit son serrefront & les mis a mes soul- liers ; Ne faut il pas advouer que la charité de cette veuve fust bien grande a la Confusion de beaucoup de chrétiens qui n'en auroient pas fait autant. Je diray icy a la honte des la plus part

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des chrétiens quen general les Indiens sont plus généreux et charitables, j'ay observé bien de bones choses parmi Eux: par exemple, ils ne jurent pas, tienent exactement ce qu'ils promet- tent, ne chicanent point en jouant ne sont pas tent intéressez, n'ont pas tant d'orgueil, et ie n'ay rien observé d'indécent parmy les jeunes gens ny en paroles ny en gestes quoy qu'ils soyent presq touts nuds; ce que j'ay remarqué de plus méchant en Eux, est que leur colère est forte et tourne en furie. Pour ce qui est des manières barbares & austères des Ind : Payens, de quoy i'ay fait desia mention cy devant, j'advoue qu'ils sont furieux en colère, mais si on les laisse en paix et en repos, ils sont de bon aires et obligeants a leur manière, et offencent rarement les chrétiens sans qu'on leur en done sujet, et le plus souvent ils sont fort mail traittéz des chrétiens./

52 'Actions barbares des Indiens comparées avec celles des

Chretiens. J'ay parlé avec plusieurs Indiens touchant leur Cruautéz, mais un Roitelet Ind : assez raisonable qui avoit du bon sens me repondit en me donant l'emblème d'un serpent disant que si on laisse le serpent en repos dans son cercle et qu'on ne le heurte pas qu'il ne fait du mail a aucune creature, mais si on le trouble dans son repos quil pique & blesse : Et que les chrétiens ou Européens ont este pis et plus cruels particulièrement les Hisp : qui avoient traitté leur ancestres si inhumainement. Pour ce qui estoit de leur manière d'hostilité qui sembloit aux Européens un brigandage accause quils ne vont pas en guerre de front, ouverte & formelle, quil faloit bien se prévaloir de leurs advantages que sans cela ils ne pourraient pas subsister et faudroient toujours succomber qu'ils n'estoient pas si nombreux ny pourvu de cannons, fusils espees, de quantité de poudre boulets et plusieurs autres inven- tions plus traitres et pernicieuses pour la destruction de l'home que leur manniere d'agir beaucoup plus réelle et innocente. Dans les armes et munitions de Guerre qu'ils avoient provenoit des Européens, inventi'ons plus nuisibles & frauduleuses & méchantes que les leurs & que les chrétiens ou Europ. traittoient non seule- ment les sauvages & Etrangers si cruellement, mais les chrétiens

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leur propres frères même, et qu'entre nous même nous cometions les plus grandes Tirannies, ce qu'en effect i'ay en particulier ex- périmentez moy même come il est a voir pag. 62. 63. 64.

J'ay observé et apris encore plusieurs choses parmy les Indiens, mais puis que desia tant d'autheurs ont écrit la dessus ie n'ay pas voulu m'etendre plus outre de crainte que mes re- marques ne passent que pour des repetitions.

M' ennuyant d'etre si longtems detenu parmy les Sauvages je songe un accomodement et propose une Paix. Ayant fait une petite digression accause de quelques obser- vations, je reviens a mon histoire, voyant que les Ind : n'estoient plus occupez a leur barbare expedition, ce donant du bon terni allants a peine a la chasse, passant leur tems a dormir et jouer, (les homes ne faisant rien du tout dans le mesnage laissant tout le soin a leur femmes) cette vie triste que j'y fis me devint bien longue, tellement que ie m'estudiay a connoitre la mauvaise ou bon humeur des Indiens a un jour que ie les vis fort oisifs badiner et rire ensemble ie demanday un Indien qui me vint voir quelq fois, sachant un peu d'anglois & qui me voulloit du bien, si présentement l'occasion n'estoit pas favorable pour parler aux Principaux de mon élargissement et pour les engager a une dis- position favorable ie leurs proposerois de faire une paix particu- lière avec Eux, sous promesse de donner aux chefs et principaux quelq presents, L'amy Indien goûta fort ma proposition & m'offrit ses services & pour mieux réussir nous parlâmes a mon hoste un des principaux en luy faisant des offres de reconnois- sance, ce qu'il accepta avec une mine fort gratieuse:/ 53 Ces deux Indiens s'estants entreparléz trouvèrent qu'il ne faloit pas parler a touts ceux qui ce trouvèrent alors en compagnie, mais qu'ils en parleroient a ceux quils trouveroient a propos, & que le lendemain ils sassembleroient en secret chez moy dans la cabine ou ie logois : Ce petit conseil s'assembla dont au tems et lieu fixé; Et le pré- liminaire fust ce que ie leurs voullois donner de rantion, je m'attendois bien a quelq chose de semblables : Je promis dont au Roy une casaq ou just 'au Corp d'ettoffe, deux bouteilles de Rum deux de poudre 500 grains de dragée de plomb, & a chacun

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de ce conseil aussi une casaque, et quelq bagatelle avec : Ils ne voulurent et contenter de mes offres, mais demandèrent encore plus de poudre et plus de plomb & des fusils, je leurs representay que cela estoit contrebande, qu'estant présentement Ennemis dé- clarez par leur dernière expedition, ie ne pouvois leur doner semblables marchandises & principalement des armes sans risquer ma vie. Qu'il me faloit être pour le moins neutre secourir ny les uns ny les autres, que sans cela nous ne viendrions pas about de notre Paix: acceptant a la fin mes propositions, quoy qu'avec bien de la peine nous nous accordâmes come est a voir par le Traitté conclus cy dessous. Il sagissoit dont quell expedient trouver pour enregistrer les articles de Paix & les conditions affin que de part & dautre rien ne soit oublié & qu'on puisse scavior si on observe exactement ou non cette paix. Les Indiens ne sachant ny lire ny écrire: (Les Indiens qui ont très bone mémoire et qui font tout par tradition de Père en fils, et quand il ce passe quelq chose de considerable faisant venir les Enfants et jeunes gens pour être present affin qu'ils remarquent et ce souvienent de ce qui passe) proposèrent de faire seulement des marques sur un arbre, les leurs sur l'ecorce de l'un et les mienes sur un autre, mais il y eust parmy Eux un qui avoit négocié beaucoup avec les Virginiens et qui même dans sa jeunesse avoit servy quelq tems auprès d'un Européens (pour gagner quelques marchandises come des noyaux, haches, couteaux, draps grossiers pour mantelines ou casaques, item poudre plomb fusiîs, piere a fusils, coralles de verre, et autres petites bagatelles qui ayant observé de quelle manière les Européens faisoient leurs contracts & traittéz, cett a dire mettant tout au nett sur un papier souscrit et signé : il proposa dont que i'en fis de même, qu'il me trouveroit bien du papier de lancre et des plumes, sans doute il en avoit vu assez dans les Plantations, il alla dont en chercher dans quelques unes qui furent pillées, et men aporta, mais corne les plumes ne valoient rien et n'ayant point de ganif il falut m'en accomoder comme ie pus, j'aurois eu beau jeu de faire ou dresser cett instrument de Paix a mon advantage mais il falut agir de bone foy, car quant j'aurois voulu raffiner les Indiens sans doute auront fait leur

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marque a part, et si ie les aurois trompé ie n'y aurois pas bien trouvé mon conte : J'écrivis dont le Traitté de Paix comme s'en suit./

54 Traitte de Paix entre B: De Graff envied & les Indiens de la Nation de Tuscoruros & Voisins.

Soit Notoire a chacun par les présentes qu'au mois d'octobre 171 1 a esté conclus et arresté entre Chr. de Graffenried, Baron de Bernberi, Gouverneur de la colonie Allemande en Nord Caro- line & Landgrave de Caroline: Et les Indiens de la Nation des Tuscoruros avec leurs voisins de Core, Wilkinsons point Le Roy Taylor, ceux de Pamptego et autres de cette contrée la corne s'en suit:

i°. Que les deux partis doivent mettre en oubli le passé et être bons Amys a l'avenir.

2°. Le soubsigné Gouverneur de la Colonie Allemande doit être toutafait Neutre pendant que les Carolins Anglois auront Guerre avec les Indiens sus noméz: Item le dit Gouverneur ce doit tennir quoy & en repos dans sa maison et ville, et ne laisser passer ny les Anglois ny les Indiens ny ne doit faire aucun mail aux Indiens, de mcme qu'Eux n'en feront point aux nôtres: En cas de mésintelligence entre les uns et les autres ils ne se doivent pas venger Eux mêmes, mais ce plaindre réciproque- ment aus Magistrats de question.

3°. Le dit Gouv. de la dite Colonie Allemande promet de rester aux limites, et ne point prendre d'advantage de Terres sur Eux sans en advertir le Roy de ce district et la nation.

40. Item le Gouv: promet de procurer pour 15 jours trêve ou cessation d'armes, affin qu'on puisse choisir d'ordoner de part & d'autre des persones propres et capables pour proposée des bons & vraisonables projects de paix qui, s'il est possible seront agréables aux deux partis & que pendant cette negotiation on ne soit pas interrompus.

5°. Il sera permis aux Indiens de chasser ou il leur plaira sans aucun empêchement hormis en dedans nos Plantations affin qu'il ne dechassent pas notre bétail, & qu'il n'arrive du malheur accause du feu.

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6°. On doit doner aux Indiens les marchandises & pro- sions a un prix raisonables. Plus outre on est convenu que les Indiens ne feroient aucun mail aux maisons de mes Planteurs ou colonistes, marquées de N. a la porte quoy qu'en guère avec les Carolins, ie veu dire les Indiens./

55 Ainsi on doit tennir exactement les conditions et articles cy dessus: En foy de quoy nous nous soumes signé les deux par- tis avec notre signature ordinaire au lieu du Sceau De Graffenried Gouverneur

N: marque de News. ^^. de la Colonie Allemande,

au lieu du Sceau ^>

leur marque ordinaire: ,^> Indiens des Tuscoruros & Voisins.

Non obstant cett accord ses sauvages défiants ne voulurent me laisser aller chez moy sans precautions seures et certaines; Ils voulloient que j'envoyasse mon petit Nègre a Neuberne, que tout ce que javois promis devoit être conduit a Catechna, pour- tant il ne ce trouva pas un seul Indien qui voulut aller avec luy, quoy que ie voulus doner un de mes gens restants monteroit en haut, puis qu'effrayez de meurtres tout récemment comis, et que mon nègre ne pouvoit monter seul la Riviere dans un batteau chargé: Ne pouvant convenir sur cett article, ie remis ce diffe- rent a l'Indien chez qui ie logois, qui fist une decision raisonable la dessus tellement que nous fumes contents de par et d'autre.

Justement le jour que ie voulus envoyer mon nègre a Neu- berne avec une lettre adressée a la persone qui avoit le soin de mes affaires et de ma maison pour ramener la rention susdite a moitié chemin pour la seureté de chaq partis, des Indiens étrangers vinrent avec un cheval de la part de Monsieur le Gouverneur de Virginie avec une lettre ou Mandat corne le montre la copie cy jointe traduite de loriginal Anglois.

Ordre de Mr le Gouv. de Virginie pour ma délivrance. Nous Alexandre Spotswood Lieutenant Gouverneur et Comandant des Colonies et la Province de Virginie, corne au nom de sa Majesté Britanniq

A la Nation Indienne qui tient le B : De Graffenriedt prisonier./

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56 Apres avoir apris que le B: de Graffenried Gouverneur et chef de la Colonie Allemande en Nord Caroline es1, prisonier parmi vous, nous vous insinuons et comandons au nom de la Reine de la Grande Bretagne de la quelle il est sujet, qu'a veue de cellecy vous le deves libérer et envoyer dans notre Gouverne- ment et vous faisons scavoir par ces présentes, que si vous le tues ou luy faittes quelq violence et mall quell que ce soit, Nous vengerons son sang, et n'espargnerons ny hommes ny femmes, ny enfants. Doné sous notre grand sceau le 8e Octobre 171 1.

S. A. Spotswood.

Mon Voyage vers les Indiens de Tasqui on fust le Negot. Virg. par ordre du Gouverneur. Persone ne sceut lire la lettre que moy, la lettre etoit bien forte, ie ne scens quelle contenance tennir, a la fin ie me pensay que les messagers scavoint bien le contenu, ainsi ie -la lus aux Principaux du village; Lorsque jeus achevé de lire, j'observay quelq chose dans leur visage qui ne me plust pas; Apres que le truchement le leurs expliqua plus particulièrement ils tinrent con- seil et il fust conclus qu'ils me laisseroient aller vers ce village, des Tuscoruros ou estoit le negotient virginien qui justement quelq tems aupravant ce trouva dans le village lors qu'on exé- cuta Mr. Lawson L'Arpenteur general, et a son retour a Wil- liamsbourg racconta notre triste advanture a Mons. le Gouver- neur; Ce Généreux Seigneur envoya incontinant le marchand susdit (qui entendoit et parloit bien leur langage) avec la let- tre susd. vers les Tuscoruros; Et luy même Mons. le Gouver- neur fust au premier village Indien nomé Natoway, ce tenant la avec une forte Escorte, avec ordre a la milice voisine de ce ten- nir preste pour agir d'abord en cas qu'on ne receut pas bone re- ponce. Je me mis dont le bon mattin en chemin sus le cheval qu'on m'avoit amené avec les messagers Indiens et 4 des Princi- paux de Catechna vinrent avec moy, vers le premier village capi- tal nomé Tasqui, qui marchèrent aussi viste que moy a cheval, nous y arrivâmes au soir entre jour et nuict ou se trouva aussi le marchant virginien. Ce village etoit fortifié avec des palli- sades & les maisons ou cabines etoient construites adroitement

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d'ecorces d'arbres, situées en rond a lentour d'une grande place ou il y avoit un feu au millieu & a l'entour de ce feu ce teint assis en terre le Conseil consistant des Principaux de la Nation des Tuscoruros./ 57 On laissa de la place pour le marchand Virg: pour moy et pour les 4 Député qui vinrent avec moy, après que j'eus salué ce monsieur nous nous assimes a la place marquée. Parmi tout cela j'estois desia dans une joye secrette dans l'espé- rance de pouvoir aller a Natoway, ou mattendoit Mons. le Gou- verneur de Virginie, et d'etre une fois délivré des mains de ses sauvages, mais helas! cela ne me réussit pas.

L'assemblée de Tasqui, fust jugé que ie devois libéré. Le Parlier de L'Assemblée comenca une grande harangue demandant les 4 députez Ind : de Catechna la cause de ma deten- tion et de mon crime : Apres que les députez Indiens furent en- tendus, et moy recconus innocent, il fust conclus qu'on devoit complaire et satisfaire a la demande de Mons. le Gouverneur et il fust représenté vivement quell danger il proviendrait du refus, le marchand de Virginie parla tant qu'il pust en ma faveur, mais les 4 députez de Catechna ne voulurent y doner les mains de crainte de perdre par la leur Rention, quoy que pourtant le mar- chand de Virginie promist seureté pour cela, leur prétexte fust qu'ils n'osoient rien faire sans le consentement des autres & du Roy; pourtant ils promirent de me laisser aller aussitôt que le Roy et le conseil seraient assemblés, mais ils voulurent avoir mon Nègre pour seureté, iusquace qu'on eust payé le Rention.

Mon retour à Catechna. Le jour suivant tout a fait frustré de mon espérance et dans une terrible perplexité ie pris congé du marchant de Virginie (qui fust luy même surpris de l'austérité de ses sauvages, plaig- nant mon sort avec les larmes) et men retournay tout triste. Lors que nous nous aprochames de Hencock Towne, ou Catechna a 3 ou 4 miles près, nous entendimes des grands cris, et ie vis sortir des Indiens ca et la hors des buissons, de quoy i'en pris un méchant augure ; ce qui me mist en peine et pas sans raison d'autant que ie vis venir a moy des sauvages tout essoufflez et

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effrayez, me disant que les Anglois & les Palatins estoient tout proche de nous, et contrefaisant les Palatins par leurs gestes, et d'un visage courroucé, prononçant les mots ja, ja, me donerent a entendre par la que mes gens paroissoient contre Eux aussi corne des Ennemis. Ils me firent dont aller par un detour a travers d'un villain fosse, dou je vis de loin un feu et moy bien effrayé ne crus autre chose que d'etre brûlé sur ce gros monceau de bois allumé, ou d'etre massacré en secret dans cett affreux desert ; Apres mes prières faittes, ie m'estudiay cornent ie leurs ferois a croire que les Palatins n'etoient pas conjoints avec les Anlois, ie leurs explicquay que ses mots ja, ja, n'estoient pas Allemands, mais que s'estoit un Anglois corompu, ay, ay, qui veut dire en bon anglois yes, yes, et en f rancois ouy, ouy ; Je les tiens dont dans cette croyance si bien que ie pus : Lors que nous arivames a l'endroit ou estoit ce grand feu, ie vis avec surprise toutte la populace de Catechna, ou je fus prisonier, avec leur meubles et provisions./

58 Endroit on- les femmes et enfants de Catech. s'estoient retiré pour être en seureté. Cett Endroit, quoy que dans un terrible desert, auroit encore son agreement. C'Estoit un bon beau champ de bled Lombard ou ils avoit une grosse cabine Indienne, cette place estoit entuorée d'une petite Riviere profonde ce qui fist une petite Isle tellement que la nature avoit fait la un petit fort presq impenetrable par le marest et les buissons espais qu'il y avoit tout a lentour. Toutte cette Populace susdite consistoit en vieux homes infirmes femmes, enfants, et de la jeunesse sous l'âge pour porter les armes ; tout cela fust dans une terrible allarme, je ne manquay pas de les consoler tant que je pus affin de nrinsinuer auprès d'eux et de les tennir en seureté a mon égard, les asseurant qu'il ne leur ariveroit point de mail pendant que ie serois parmy Eux, je representay aussi aux Gens de Guère qui venoient de tems en tems pour leurs apporter quelq nouvelle et pour les encourager, qu'ils me dévoient laisser aller avec Eux, que ie tacherois d'en- gager les Anglois a une Paix, ou au moins une bone trêve, mais ils ne voulurent sy entendre.

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Retraite des Carotins pour n'avoir pu résister a la force des

Sauvages. Le jour suivant les Indiens voisins armez au nombre de 300, bon drôles, vinrent et sattroupperent, cherchant les chrétiens qui n'estoient qu'au nombre de 60, et pas plus loin de Catechna que de 4 miles angloises; Les Palatins qui ne sceurent corne faire la guerre avec les sauvages furent presq touts blessez et un ou deux Anglois de tuez; voyants que les sauvages estoient trop forts ils prirent la fuitte et se sauvèrent. Les sauvages les suivirent mais ne firent pas beaucoup de mail hormis quelq butin qu'ils attra- pèrent. Ainsi les sauvages revinrent deux jours après a Catechna avec des chevaux, provisions de bouche, quelques surtouts, cha- peau et bottes, lors que ie vis tout cela et particulièrement une pair de bottines propres avec la garniture d'argent, sachant que persone par la n'en avoit de semblables que moy, ie vis bien que c'estoit les miennes de quoy i'en fus tout effrayé craignant qu'ils eussent pillé ma maison et le magasin mais il n'y eust pas tant de mail, de mes domestiques s'en etoient servis pour cette expedi- tion.

Les Sauvages reviennent triomph. avec le butin et les, prisoniers

Chretiens. Sur ses nouvelles nous sortîmes de l'endroit sus mentioné ou nous estions cachez retournant a notre vieux quartier a Catechna; et ses soldats sauvages revinrent en grande gloire et triomphe a la maison, il y eust grand feste parmy Eux pendant quelq jours de la manière que ie l'ay desia recité pag. 49. Apres ces festes finies ie commencay a devenir impatient et demanday quelques uns des Grandes s'ils ne me voulloient pas laisser re- tourner a la maison puis qu'ils estoient victorieux. Un de la trouppe me repondit d'un petit sousris, qu'ils convoqueroient a ce sujet le roy et son conseil.

Mon entière Liberation et depart de Catechna. Deux jours après ils m'amenèrent le bon mattin un cheval pour partir sans autre façon, deux des principaux m'accompag- nèrent jusques a 2 lieus de Catechna ou ils me donerent un mor- ceau de pain et me délaissèrent./

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59Lors que je vis que j'avois bien du chemin a faire, ie les priay de me doner le cheval que ie le renvoyerois sans faute ou qu'ils dévoient venir un peu plus avant avec moy, mais ie ne le pus obtenir, ils restèrent a l'endroit ou ie les avois quitté et firent un grand feu, m'advertissant qu'il y avoit dans la forest des In- diens étrangers que ce devois dépêcher et aller bien viste que ie pourrois, ce que ie ne pus pas faire toutafait corne ils me le dirent n'estant pas fait a cela come Eux, cependant ie fis mon possible iusquace que la nuict me surprit et que ie vins auprès d'un grand fossé bien affreux profond bien remplis d'eau et de brussailles, il me sembloit que si j'aurois seulement encore pu passer ce fosse de jour que j'aurois esté sauve, mais il fust desia bien obscur.

En mon retour de Catechna obligé de coucher et passer la nuict auprès d'un fossé affreux, ic faillis detre dévoré par les ours.

Je fis dont la auprès ma premiere couchée a mon depart de Catechna, mais Dieu scait de quelle manière triste ie passay la nuict, dans la crainte detre déchiré par une quantité d'ours qui mumurerent près toutte la nuict la a l'entour, avec cela ie fus tout estropié pour avoir marché si viste et si longtems et pour ma seureté, ie n'avois ny armes, pas seulement un coutteau ny de quoy pour battre du feu ; jestois presq pour mourir de froid par un vent de nord qu'il fit toutte la nuict. Le bon mattin a l'aube du jour, lors que ie voulus me lever de cette couche humide et froide mes jambes furent si roides et enflées que ie ne pus m'advancer d'un pas, mais corne ie ne pouvois rester la il falut de loger a quell prix que ce fust, pour ce sujet ie me servis de deux batons que ie cherchay en grimpant par la pour passer mon chemin : j'avois encore assez a faire pour passer la fossé, il falut chercher quelq arbre qui traversast le fossé ce que jeus peine de trouver a ma fantasie, a la fin ie passay en rampant par dessus une longue branche de la quelle ie me jettay a l'autre bord ; delà ie suis marché doucement avec deux autres batons cett autre journée et a la fin avec bien de la peine i'approchay de mon quartier de Neubern.

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Arrivée à N eu-Berne. Voyant de loin ma maison fortifiée et remplie de monde ie fus un peu consolé dans la crainte que tout estoit brûlé, saccagé par les Indiens aussi bien que les maisons des pauvres colonistes, ne mattendant pas de trouver que fort peu de mes gens puis que ie n'en scavois que trop de la cruelle expedition que ces brigands sauvages firent le long des Rivieres de Pamptego, News et Trent, brûlants, pillants, tuants et saccagant tout ce quils rencontrèrent, dans la resolution de ravager tout le Pays.

Surprise de mes gens de moi voir m'ayant cru mort. Lorsque mes bones gens me virent de loin bazannéz corne tin Indien, pourtant considérant ma stature et juste au corp bleu ils ne sceurent que croire, mais dans la ferme opinion que ie n'estois plus en vie ils crurent tantost que c'estoit un fantôme, tantost un espion sauvage qui avoit mis mon justaucorp, enfin il ce mirent en posture et quelques avant gardes sadvancerent pour me recconnoitre lors que ie les vis ainsi en peine, ie comancay a leur parler de loin, furent si surpris qu'ils reculèrent de quelq pas, criants aux autres,/60 Venez, Venez, notre monsieur est resseussité cest bien luy même, que nous avons cru mort: ainsi touts accoururent en foule, homes, femes, et enfants, avec des fortes acclamations me saluant tout emus de surprise, spectacle étrange, voyant ce meslange de tristesse, de joye, de pleurs & de ravissements, j'en fus tellement touché que cela me provoqua des larmes : Apres m'etre entretenu avec ce monde qui m'environoit quoy que bien lass, j'entray a la fin dans mon vieux quartier, Apres avoir fermé mon cabinet ie fis mes prières ardentes rendant grace au Bon Dieu pour une délivrance si miraculeuse et gra- cieuse peut bien passer en ces tems pour un miracle.

Fâcheuses Nouvelles, "jo Palatins et Suisses massacrez. Parties des Palatins désertés Le reste tout a ma charge, enfin touts réduit a l'extrémité.

Le jour suivant ie demanday ce qui sestoit passé en mon absence, mais j'appris tant de fâcheuses nouvelles que le coeur «l'en fist mall, le pis estoit qu'outre la perte de 60 ou 70 Palatins

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et Suisses qui furent massacres le reste qui ce sauva fust pillé, et une partie des restants quittèrent ma maison et la villette ou estoit pourtant le magasin de leurs propres biens, et cela par insti- gation d'un certain Guillaume Brice (home ingrat qui j'avois fait beaucoup de bien, le quell même les Palatins et moy avios tiré de la misère) qui cependant sans songer a nos bienfaits affin de pouvoir tant mieux défendre sa maison seule, me déboucha pour touttes sortes de promeses et ruses mes gens pour en faire avec quelques rôdeurs Anglois une garnison. Les femmes et les en- fants me restèrent sur les bras et ie n'avois que 40 hommes por- tants armes il falut entretenir les uns corne les autres, touttes mes provisions en graines, gros et menu bétail fust employé ie pretendois bien d'envoyer ces bouches inutiles qui m'estoient bien en charge, autre part, mais il, n'y eust rien a faire, au moins ie voullois que les femes & enfants de ceux qui avoient déserté suivissent leurs maris, mais elles me repondirent qu'estant valoit il de les tuer, qu'elles y creveroient de faim que si nous estions attaqué qu'elles ce deffendroient peut être mieux que bien des homes etc.

J' envoyé une Relation a Mr Hyde de ce qui c'est passé et demande

secours. Dans cette extrémité ie ne sceu mieux faire que d'envoyer un exprès ou deaux avec une lettre a Monsieur le Gouverneur de Caroline et Conseil, tant pour leur notifier ma délivrance et mon retour que pour les prier instament de nous envoyer promp- tement le secour nécessaire des provisions de vivre, aussi bien que munitions de Guerre et des trouppes bien armées, affin de repousser ses brigands barbares s'ils vennoient nous attaquer, j'envoyay aussi copie de mon Traitté de paix ou Trêve avec les Indiens, avec les indiens, avec mes raisons, mais prévoyant bien que cela ne subsisteroit pas ie fis mes instances tant plus fortes, représentant que si on ne remedioit de vive force que le mail viendroit toujours plus grand et qu'il y eu a craindre que tout le pays ne périsse, disant même qu'il estoit surprenant voire scanda- leux de voir une telle froideur et si peu d'amour auprès des hab- itants de la conté d'Albemarle qu'ils peuvent ainsi a bras croisé

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regarder come cette sauvage et barbare nation fait bouchère de leur plus proches frères que même ils ne doivent s'attendre a un meilleur sort, d'autant qu'ils sattirent Eux mêmes ses malheurs par une si profonde letargie quant ils devroient avoir plus a coeur la perte de leur frères et leur propre peril : Il est guère moins suprenant/ eide voir si peu de police de precaution et d'ordre au près de la magistrature, exceptant icy en meilleure forme Monsieur le Gouverneur qui n'aura pas manqué de doner les ordres nécessaires, mais qu'ils nont pas esté exécutez, etc. Suitte de la Guerre Indienne, Sujet de cette Guerre ma justification et ce qui s'est passé a mon égard, item les motifs qui m'ont poussé d'aller en Europe, & de quitter la Colonie.

Motifs de la Guerre Indiene.

Ce qui alluma cette Guerre Indienne, ou des sauvages, avec les Carolins, furent les calomnies et instigations de quelq mutins contre Mons. le Gouveneur Hyde, de même contre moy, faisant croire aux sauvages que j'estois venu en ces pays pour les de- chasser de leur Terres, quainsi ils seroient contraints de loger et se retirer bien avant contre les montagnes et endroits éloignez ; de quoy ie disuadey les sauvages et ce qui fust vérifié par mes manières douces et honestes dont j'en usay enver Eux; Et par le payement que ie leur fis pour les Terres ou ie m'estois placés au commencement, c'estoit la ou ie avois mis la fondation de la petite ville de Neuberne, quoy que ie les eus payées desia au double aux Propriétaires chrétiens et principalement L'Arpen- teur general Lawson me le devoit remettre libres, sans qu'il y eust aucun sauvage : vide pag. 29 ou ie fis une Paix et alliance avec le Roy Taylor & ses habitants qui fust très content: La plus grande preuve de mon innocence en cette guerre Indienne est mon absolution en la Grande Assemblée des Tuscoruros, ou il n'y eust pas une seule plainte contre moy, mais on indiqua bien les autheurs de ses troubles. Ce qui allarma le plus ces sauvages fust le traittement rude de quelq Carolins turbulents et de mau- vaise fois qui trompoient ses sauvages dans le négoce, ne voullant

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aussi souffrir quils chassasent près de leurs Plantations et ce sous ce prétexte leur prirent leur chasse armes et munitions, ouy il y eust même un Indien de tué duquell on ne leur dona aucune satisfaction ce qui leurs fust bien sensible et avec justice il ce pouvoint recrier dun semblable tort. Ces pauvres Indiens insul- tez en diverses manières de quelques rustres Carolins plus bar- bares et inhumains que les sauvages même, ne purent dont souf- frir plus longtems ces sortes de traittements ; songèrent dont a leur seureté et vengeance, ce qu'ils firent bien secrettement. Ele le mail voulust que me croyant dans une profonde paix avec Eux, ie voulus me promener en haut la Riviere, et que s'estoit iuste- ment alors quils avoient fixé un Rendez vous general pour déli- bérer sur la manière de question. Au reste la grande nonchalance, negligence et le peu de precaution des Carolins pour leur seureté, nayant ny lieu de retraite, ny de provisions soit de vivres soit d'armes soit de munitions, ne les encouraga pas peu au dessein projecté./

62 Ce qui m'est arrivé parmay les Chretiens a mon retour fust bien aussi dangereux & fâcheux que ce j'avois parmy les sauvages: Devant le Tribunal payen j'avois mon accusateur ou- vert tout ce fist en bon ordre rien clandestin et en cachette ny d'une manière turbulente et séditieuse; mais quand ie crus de me trouver a mon retour parmy des amys et chrétiens, pour pouvoir un peu respirer, ce fust bien pis.

5* Contretems Complot d'une bande de rôdeurs et turbulants drôles Carolins contre moy.

Une bande de mutins rustres jaloux et turbulent drôles ha- bitants Carolins accause que ie ne voulus daboard entrer dans leurs sentiments précipités et cruels, (qui pretendoient que ie leurs devois livrer a discretion ou tuer un sauvage qui vient suivant laccord fait avec les Tuscoruros Indiens pour me deman- der la rention promise et a qui j'avois promis sauf conduit) form- èrent une bien injuste et forte accusation contre moy après avoir pris une information secrette ou il y eust bien du bruit ne par- lant pas moins que de me faire pendre, quoy que javois des

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raisons bien fortes pour ne pas prendre partis avec Eux pour faire la Guerre d'une manière si inconsidérée contre les Indiens, et cela d'autant que nous n'avions ny provisions de Guère ny de bouche, ny monde suffisante, et encore la moitié des Palatins avoit ils déserté pendant mon absence, et ce qui fust le plus im- portant, c'est que 15 Prisonniers Palatins me dévoient être livrez après que j'aurois payé ma rention. Navois ie pas raison de songer a la délivrance de ces pauvres gens, il falut dont bien ce garder i°. de manquer de parole, 2°. de risquer ces pauvres pris- oniers pour complaire a des étourdis qui ne scavoient ce qu'ils faisoient.

Accusation fausse contre moy, dun Maréchal Palatin.

Depuis un tribunal Payen, il sagissoit dont pour me justi- fier de paroitre encore devant un tribunal chrétien, mais qui au- roit été pis que qu'un Payen, si les affaires servient allées au souhait et suivant la conspiration faitte de ces garniments en- ragés et séditieux: Tout cecy fust tramé d'une perfidie la plus noire qui ce put contre moy, par le moyen d'un méchant homme maréchal de vocation, qui pour ce venger d'une peine infligée pourtant bien modique, pour avoir fait des terribles execrations, comis des larrecins, pour désobéissance et des terribles menaces tendants jusques au meurtre me trahit corne s'en suit.

Le Maréchal passe la Riviere pour me noircir auprès des Ind.

Celuy d'abord après la soufferte qui ne consistoit qua sier des tronvs d'arbres pour la seureté publiq durant un seul jour, dont la peine n'aprochoit pas le crime, passa la riviere pour ren- contrer les Indiens auprès desquells il me rendit bien suspect leurs disant que ie ne tennois pas ce que ie leurs avois promis, cett a dire aux Indiens, que ie les amusois & trompois, qu'au lieu de garder la Paix et une exacte neutralité, ie tennois le partis des anglois, même que ie leurs fournissois des armes & munitions de guerre: Les Indiens qui avoient de la peine a croire un semblable perfidie de moy, ce doutterent de ce que le drôle rapporté, haz- arderent un de leur trouppe, qui sceut bien l'anglois ce fust même

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mon interprète de Catechna, pour l'envoyer auprès de nous quoy qu'avec beaucoup d'appréhension d'etre pris et en danger de vie./ 63Sue quoy ariva une assez plaisante advanture; C'est In- dien ayant passé deçà la riviere veilla l'occasion de parler a quelq'un de mes gens, pour scavoir la realité de ce fait quand l'Indien voulust aprocher un de mes Colonistes le pauvre home fust tellement épouvanté qu'il vient tout essoufflé mettre l'allarme dans mon quartier et m'advertit qu'il avoit vu un sauvage s'ap- procher, que sans doute les autres n'estoient pas loin, ce qui en effect m'allarma un peu et ie mis mon monde en posture. Ce- pendant ie m'imaginay pourtant que les Indiens impatients d'avoir leur Rantion pouvoient avoir envoyé quelqu'un pour voir a quoy on en estoit : J'ordonay dont au même home qui avoit pris l'épou- vante de ce remettre au même endroit seul, que de loin ie posteray des gens pour le deffendre en cas de danger, ce qu'on fist, peu de tems après, le sauvage ne manqua pas de ce montrer, et sap- prochant luy fist signe qu'il ne devoit rien craindre, notre home faisant le même signe a lautre ils sapprocherent a la fin et s'a- bouchèrent ; Ils vinrent dont sur le chapitre du marschal qui avoit parlé contre moy, sans pourtant que jamais le sauvage voulut le nomer, mais il en parla bien d'une manière qu'on pouvoit deviner qui s'estoit : notre home qui avoit son instruction représenta que les sauvages estoit mail informé, et que s'estoit un malhonest home qui avoit fait ses sinistres rapports, que ie gardois une exacte neutralité, bien loin, que les Anglois n'estoient pas con- tents de moy, en ce que ie n'avois voulu me joindre a Eux, me contentant de garder mon poste, insinuant plus outre que les sauvages dévoient rammener les Palatins prisoniers, quels voul- aient avoir leur Rantion, et plusieurs autres choses que notre home eust ordre de dire; Apres sans faire beaucoup de bruit il laissa aller l'Indien luy insinuant qu'a l'advenir aucun des sauv- ages ne devoit plus venir par icy, que s'ils avoient a dire quelq chose qu'ils dévoient faire un feu vis a vis de notre quartier, qu'après i'envoyeray quelqu'uns a batteau pour leur parler, mais qu'on leur parleroit que sur leau et Eux les Indiens dévoient venir encontre et pas plus de deux a la fois.

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La trahison du Marschal découvertes échappes et va auprès de ses Carolins mutins, me noircis de la même manière corne auprès des Indiens.

Ayant découvert de cette manière la trahison et qu'en secret ie voulus me saisir du personage de question pour le punir selon son crime, il en eust vent et ce sauva, s'en allant auprès d'un nomé Brice chef de cette bande sediteuse qui me fist tant de cha- grins, ou il débita les mêmes calomnies distant tout autant sur mon conte et au delà corne il en avoit dit aux sauvages tellement qu'il me fist passer pour un traitre auprès de la nation Angloise, on fist une liste de passé 20 articles contre moy dont il n'y eust pas un seul de vray. Voyant ce qui ce tramoit contre moy de criminel, sans aucune aprehension ayant bone conscience, j'écrivis a Messrs. les Gouverneurs de Virginie et de Caroline, les inform- ant exactement de tout ce qui ce passoit, qui bien loin de me blâmer approuvèrent ma conduite, et tout autres persones de bons sens.

Complot d'un nomé Brice avec sa bande de Rôdeurs contre moy.

Come ce traitre de maréchal, recconnu pour criminel de moy et de ma Colonie, me devoit beaucoup, ie fis dont inventariser le peu quil avoit pour le mettre en main tierce en seureté. Le sus- nomé Brice qui auroit bien eu envie d'avoir ces utensils princi- palement ceux qui servoient pour raccomoder les fusils,/ 64 s'ad- visa de les ravoir par finesse s'il ne les pourroit avoir autrement, résolu même de les prendre par force, estant bien aise de l'asseu- rer de moy en même tems, pour m'ammener corne criminel et ac- cusé de haute trahison, a Mons. Iw Gouverneur Hyde: Pour venir a cette execution lâche, noire et séditieuse, ce Brice concerta avec sa bande de rôdeurs de quelle manière ils entreprendroient leur méchant dessein, le conclusum fust que si ie ne leurs voul- lois remettre les utils (prétextant que s'est pour la defence et service de la Patrie) ils s'empareroient par force, et corne sans doute ie voudrois faire le fier la dessus qu'alors ils me prendroi- ent prisonier pour me mener auprès de Mons. le Gouverneur. Par bonheur il y eust un petit garçon palatin dans la chambre lors

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qu'ils tramèrent cette noire conspiration, a qui ils ne firent pas at- tention, croyant qu'il n'entendoit pas l'anglois, mais celuy ayant entendu leur prenicieux dessein, fist son possible pour sortir adroitement de la chambre sans qu'ils s'en aperceurent, et en parla a sa mere; laquelle ce mist incontinent sur une nasselle pour passer la riviere et m'en dona avis de ce qui avoit esté tramé contre moy.

Brice avec ses adhérent armés mènent pour me surprendre mais me trouvent en bon posture. Incontinent ie fis battre l'assemblée par mon tambour, ie fis fermer les portes et me mis en bone posture de defence: a peine avois ie posté mes gens, que Brice avec 30 ou 40 de ses adherents vinrent paroitre, armez, parmy lesquels fust ce scélérat le maré- chal susnomé et une 15e ou 20e déserteurs Palatins: ne sachants pas que le pâté fust découvert, ils crurent me surprendre facile- ment & pretendoient d'entrer dans mon petit fort sans difficulté mais ils trouvèrent visage de bois et les portes fermées, ne s'at- tendants pas de me trouver en si bonne posture : Quand ils de- mandèrent une des sentinelles que cecy voulloit dire? pourquoy on leur fermoit les portres? on leur repondit que c'estoit contre les Indiens, et chrétiens sauvages il fust répliqué si on les pren- noit dont pour Ennemis? il fust encore repondu, que ce n'estoit pas de la manière qu'on visitoit les amis, qu'on avoit sujet d'etre sur ses gardes, principalement quand on voyoit des scellerats, traitres, & déserteurs tells qu'on voyoit la; Cependant si leur Capit : Brice avec encore un des moins soubsoneux desiroient d'entrer, qu'on me le diroit ne doutant pas que ie ne leurs ac- corde l'entrée pour me dire leurs raisons; quand on me vient annoncer cela, ie les fis entrer sous une bone garde fermant bien les portes après Eux : Quand ce Capit. Brice désira de scavoir pourquoy ie le traittois tant en étranger et en ennemy? ie re- pondis que j 'avois sujet, que son dessein criminel et téméraire séditieux et injuste ne m'estoit que trop connus, mais que ie scauray faire mes plaintes et demander justice contre tell pro- cédé en tems et lieu requis. Je luy plus outre si c'estoit de la manière qu'il faloit agir envers ses supérieurs? que ce seroit a

ufî The Graff enried Manuscript C

moy, come Représentant du Duc de Beaufort, Lieut, de Gouv- erneur, Landgrave de Caroline et Commandant de ce District qui serois en pouvoir et aurois sujet de le prendre prisonier et l'envoyer lié a Mr. le Gouverneur pour être punis suivant qu'il l'a bien mérité et cela en exemple d'autres semblables mutins, ce qui auroit esté fait si javois eu des témoins suffisants contre luy./ 65Ainsi ie me contenday de les renvoyer chez Eux avec une bone réprimande leur donant citation par devant le Parlern*. prochain. Si je voudrois mentioner icy tout ce qui m'est arivé de fâcheux, et les insolences comisses de ce Capit. Brice, ses ad- herents et les déserteurs Palatins contre moy & le reste de ma Colonie il y auroit a faire un livre entier, j'en diray seulement quelq peu en passant.

Brice et ses adh. accusent la Cessation d'armes au Trêve avec les

Indiens.

Il est a scavoir que ma convention ou Traitté avec les In- diens pag 54 a esté faitte pour sauver ma vie & pendant que ie fus prisonier, tellement que ie n'aurois pas été obligé de le tenir et observer, si ne n'aurois voulu puisque c'estoit par contrainte, cependant n'estant pas de lopinion, quod hereticis non habends fides, j'estois résolu de tenir autant que ma conscience me dictoit et qui refust pas contraire au devoir avec lequell ie me trouvois engagé envers la couronne d'Angleterre. J'avois ménagé les choses dune belle manière que si on m'avoit laissé faire, il en seroit résulté un grand bien a la province et on auroit évité bien des malheurs et meurtres, mais ce Brice avec sa bande enragée, furent tellement échauffé contre ses Indiens, que sans examiner la raison, le peu de monde qu'ils est estoient, le peu de provision de Guerre et de bouche qu'ils avoient, ny faisants reflexion a tant de pauvre prisoniers detenus par les sauvages, enfin sans prendre aucune mesure, mais d'une manière aveugle, brutale & d'une pas- sion enragée ils récusèrent la cessation d'armes ou Trêve que j'eus ordre de proposer, que j'avois obtenu avec bien de la peine, mais agissants d'abord avec la dernière hostilité et cruauté contre les Indiens : Il est vray qu'on eust sujet de s'allarmer et deschener

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contre Eux accause de leur invasion et meurtres comis, mais quell juste sujet qu'on aye, toujours faut il user de prudence et de precaution.

Importance de cette Trêve et Neutralité. Si on m'avoit laissé faire 1 ° par la Trêve on auroit gagné tems que toutte la Province et nous eussions pu nous mettre en bone posture pour agir offensivement et deffensivement en nous pourvoyant de suffisants vivres, armes, munitions & de monde, 20 j'estois desia en oeuvre pour sauver et retirer ses pauvres femmes et enfants prisoniers, car ce fust le sujet pourquoy ie n'avois pas encore livré ma rantion, prétendant premièrement de savoir ces pauvres prisoniers des griffes de ses sauvages ce qui fust accordé avec bien de la peine et du danger dans ma premi- ere entrevue avec les sauvages ; N. B. on en pourra voir l'im- portance de ce fait dans la relation de la guerre Indienne pag Ji, ou on verra de quelle manière il falut ménager les sauvages accause de ses pauvres prisoniers, au lieu que, si on eust retiré ces pauvres gens corne ie me l'estois proposé et qu'on en estoit con- venu de part et d'autre ; après on auroit pu agir contre les sauv- ages avec moins de crainte et plus de success, peutetre auroit on mis fin a cette cruelle Guerre a son commencement. 30 Quand ie fus au plus fort de ma negotiation touchant ses pauvres gens detenus encore parmy les sauvages et que j'eus desia gagné du tems pour, par le moyen de ma neutralité ou Trêve, pouvoir dé- terrer ce que les sauvages avoient pris et volé a ses Planteurs Carolins, Palatins et Suisses, et pour tacher d'attraper autant de gros et menus bétail que nous aurions pu : Voicy Brice avec sa bande plus insensés et cruels que les sauvages, qui par une attaque mail concertée et inconsidérée (la quelle même réussit fort mail ) vinrent me gaster tout mon jeu, tellement que ma negotiations devient infructueuse./

SRZ> Chretiens pins cruels que les Payais, rôtissent un Roy Ind.

tout vif. La trahison noire du maréchal prédit que cette action ou attaq inconsidérée détruisit toutte la confience que les Indiens avoient en moi, tellement qu'après cecy ils agirent aussi d'hos-

I4>S The Graff enried Manuscript C

tilité contre ma colonie au lieu que jusque icy elle fust épargnée (ie dis après le Traité fait). Cett action prématurée et impru- dente de ses Carolins fust donc cause que les sauvages recom- mancerent de nouveau de détruire tout ce qu'ils purent, et les maisons de mes colonistes quoy que réservées et marquées d'une marque N: ce qui signifie News, furent brûlées, les meubles, utensils et autres affaires cachées déterrez, emporté ou gatéz, et le bétail tué, et ensuite les Plantations ou habitations sur les Rivieres de News, Trent et Pamptego furent detruittes enti- èrement, tout pillé, volé, bruslé et les gens tuez, et ce qui emeust les sauvages a user de tant plus de cruauté envers les chrétiens, et le cruel et plus que barbare procédé de Brice s'estant saisis de quelq Indiens de la Riviere de Bay (qui proprement ne furent pas en action contre Eux mais soubsonéz d'etre du partis de leurs enemys) le chef ou leur Roy fust traitté cruellement, il fust rôtir tout vif auprès d'un feu et en mourust; cett action plus que barbare, anima tellement les Indiens aussi ensuitte avec plus de cruauté : Ce qui ne me f ascha pas peu fust, qu'un de mes dé- serteurs Palatins J :Mr. mist la main a une action si noire et té- moigna même y prendre plaisir, ce fust bien ce même drôle qui fust l'autheur de la desertion de la moitié de mes colonistes Palatins.

Il y eust parmy la bande de Brice des gens assez téméraires et de courage mais sans conduite et bruteaux, si partie des planteurs ou habitants des autres endroits de Caroline avoient eu meil- leure conduite et qu'ils n'eussent pas été tant poltrons on auroit été plutôt le maitre des sauvages et il n'y auroit pas eu tant de mail.

Justification de ma conduite à l'assemblée générale, Plainte contre les informations secrettes et Calomnies faittes contre moy. Come dont il m'importoit beaucoup de justifier ma conduite dans une affaire de cette nature ou toutte une Province etoit en danger detre perdue et dedruitte ; affin qu'on ne m'en impute pas, mais que ie pus faire voir au public l'enormité du procédé de Brice et sa bande brouillante : Quand l'Assemblée Générale fust convoquée ie ne manquay pas de m'y transporter: Premièrement

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je me presentay dans la maison haute consistant de Monsr. le Gouverneur des Représentants des Lords Propriétaires des Con- seillers & Cassiques ou Gentilshomes de la Province. Apres que j'eus fait mes plaintes et m'etre justifié de ma conduite ie me transportay a la maison Basse, consistant en Députez des com- munes, après un petit discours au sujet de question, ie demanday après ses calomniateurs qui avoient pris information secrette sans aucun ordre de Magistrature, voulus qu'on me les nommast et qu'on me produisit, ou l'original ou copie des 20 ou 23 articles qu'on avoit formé contre moy, je voullois absolument que l'accusateur ce produisit, affin que ie le puisse convaincre de fausseté m'innocenter et justifier en due forme, mais persone n'osa ce produire n'y seulement ouvrier la bouche au suiet de ses fausses accusations./

e7Sans doute les faux accusateurs eurent vent et aprirent de quelle manière ie m'estois justifié après de Mrs. les Gou- verneurs de Virginie et Caroline, et voyant que ma conduite fust aprouvée ils n'osèrent poursuivre leurs accusations de crainte de succomber. Cependant parmy tout cela mon honneur et Repu- tation souffrit beaucoup et même ie fus en danger de ma vie, d'autant que parmy les Palatins de mes Ressortissants même il s'estoit trouvé des faux témoins, que faire dont dans cette mal- heureuse situation d'affaires? Voyant que persone ne voulust parler, je commancay moy même a nomer les accusateurs ful- minant contre Eux, et demandant justice ; mais helas ! dans un Gouvernement si confus ou le premier feu de sedition ne fust pas encore tout a fait éteint, une bone partie des membres de ce Parlement gardant encore des rancunes secrettes et qui estoient bons amis, de ce Brice qui en fust aussi, et qui auroit été bien aise que quelq affront m'ariva pour avoir trop tenu le parti de Monsr. le Gouverneur: d'autre coté embarassés de cette guerre Indienne ie ne pus avoir aucune autre satisfaction si non que de voir un profond silence sur ma representation et defence. Il est vray que Mr. le Gouverneur et la maison haute me firent des excuses et un compliment, me renvoyant au reste a demander justice selon les formalitéz usitées en teins de Paix contre mes calomnia- teurs. Songes mon cher lecteur combien de tems il auroit falu

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attendre pour avoir ma due satisfaction, puis qu'a l'heure [A° 1716] quil est la Guerre Indiene n'est pas finie.

J'avois envoyé bien des lettres et mémoires a Mr. le Gou- verneur sur cette matière avec des deductions bien amples et des particularitéz historiques de tout ce qui s'est passé dans ses fâcheuses entrefaites: cela feroit pitié quand on verroit quelles traverses j'ay eu.

Encore d'autre motifs ou Sujets de la guerre Ind:

Corne a la page 61 il n'est fait mention que de quelques sujects ou causes seulement de la Guerre Indiene, je diray encore qu'outre la negligence et nonchalence des Carolins qui ce sont trop fié aux sauvages, ils n'ont pas fait les moindre ordonances pour la seureté commune, de quelle manière il faudrait ce gou- verner en cas d'irruption, bien loin de faire des bons amas de graines et autres vivres, ils ont vendu au plus fort de ces dan- gers et troubles des bleds, du salé, des legumes etc. des batimens tout chargez pour des choses moins nécessaire pour le subsistance come pour du sucre malassis etc. enfin tout estoit en desordre et miserable disposition. Au lieu d'assembler un petit corp de trouppes ou deux, pour agir contre ces sauvages et les pousser hors des frontières de leurs habitations ou Plantations ; chacun pretendoit garder et défendre sa propre maison, tellement que ces sauvages avoient beau jeu pour détruire une Plantation après l'autre, et si le Bon Dieu n'avoit pas eu plus de soin d'eux qu'Eux même toutte la Province s'en alloit être perdu : On avoit bien de la peine a mettre ces Carolins a la raison, les uns n'avoient pas du courage, et ceux qui etoient moins poltrons entreprirent les choses d'une manière si étourdie et attaquèrent les sauvages avec si peu de monde, que les sauvages de beaucoup supérieurs bon tireurs, et bien pourvus de tout chassèrent ce pauvre troupeau de Carolins corne une bande de loups furieux, un troupeau de brebis, et sans le secours/ 68de la colonie Palatine et Suisse ils auroient été écrasez et défaits entièrement corne est a voir a la page 58 et cy après ; en cette page 58 ie nay pu faire mention de ce que ie diray encore icy qui est une suitte de cette expedition

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accause, qu'ayant écrit a Mr. le Gouv. cett article de ma Relation ie n'avois pas encore ces advis, et il les pouvoit avoir mieux que moy.

Il y eust dont delà la Riviere de Pamptego un petit corp de Carolins d'environ 150 homes qui ce tient au Vilage de Bath, ceuxcy avoient done le mot aux autres, que sur le premier signal qu'on leur doneroit, ils viendroient au secours, Eux mêmes le dévoient doner mais ces poltrons neurent jamais le coeur de passer la Riviere et laissèrent leurs pauvres voisins dans la nécessité et en danger après avoir mangé le pain et la viande des pauvres habitants de ce district de la Comte de Bath s'en re- tournèrent chez Eux.

Je ne puis pourtant pas de moins que de racconter aussi quelq chose du voyage i'ay fait pour aller a l'Assemblée générale ou resident Mr. le Gouverneur et le conseil dans la comte d'Albe- marle. Apres avoir considère a fond le miserable état, tant celuy de la Province que le mien et celuy de la Colonie, point d'assistance de la Province, l'impossibilité de pouvoir a la longue nous soutenir de la manière, même estants réduits a l'extrémité de quelle manière toute la colonie a été détruite et ruinée par l'invasion des sauvages corne est a voir pag. 60 et plus outre, le retard et le refus de secour de notre pays et l'eloignement le peu d'espérance d'en pouvoir revenir d'une perte si considerable et d'un rétablissement comode ; Item ce pauvre Gouvernement et la situation malheureuse de la Province et de ses habitants, tout cecy et d'autres bones raisons m'ont obligé a songer de plus près mes affaires et a prendre d'autres mesures. Ayant dont comuniqué ce que dessus a plusieurs persones de distinction, de mes patrons & amys de Virginie, de Maryland et de Caroline même ils m'ont conseillé unanimement de prendre d'autres mesures et on me fist des offertes très advantageuses pour m'etablir avac la colonie en Virginie aussi bien qu'en Maryland ce que j'av bien goûté Voyant ma colonie divisée d'autant que la moitié des Palatins m'avoient quitté, ie pris la resolution de changer de quartier avec le reste des Palatins plus fidelles et le petit trouppeau des suisses. Je fis dont raccomoder ma sloop espèce de brigantin, pour ce voyage en pacquetay quelques hardes

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dans l'intention que si ie ne pouvois obtenir meilleure assistance de Mr. le Gouvern. Hyde et du Parlement ou assemblée générale ie pousseray outre.

Dautré mesures prises après avoir réduits à l'extrémité et ne voyant d'autres resources. Mon voyage pour La Cour et après plus outre en Virginie. Phénomen particidier sur le mas de notre Vaisseau, presage d'un orage arivé.

Apres avoir fait assembler mes pauvres colonistes, leurs représentant la nécessité de changer de partis et de quartier, si la Province ne nous assistoit mieux que du passé, ces pauvres gens qui ne sentoient que trop les effects de l'extrémité dans la- quelle nous fumes alors (n'estant resté de nos provisions q'une mesure de bled, ayant soutenu 22 semaines sans aucun secour de quoy que ce soit du Gouvernement ou de la Province) n'eurent pas de la peine de consentir a ce que ie leurs proposoit./ 69 Les ayant cependant consolé le mieux que ie pouvois avec insinua- tion de ce patienter encore un peu et de tennir bon, que je hate- rois mon voyage et ferois touts les efforts imaginables pour leur procurer un prompt secours tant de vivres que de monde avec les munitions neccessaires. Je commencay dont mon Voyage et partis par un beau tems et ce voyage ne fust pas heureux. Car desia le soir que nous fumes presq a l'embouchure de la Riviere pour entrer au sound (petite mere entre les dunes et la terre ferme) il ariva quelq chose assez remarquable après le soleil couché; tout au bout du mas il ce mist tout a coup une flamme de la grosseur de celle d'une bone chandelle allumée, faisant un bruit corne une fusée quand elle monte, cela dura environ un bon 4d heure, ce qui nous regardâmes avec une grande attention et grande surprise, demandant la dessus le patron du vaisseau ce que cela signifioit, rien de bon dit il, qu'avant la nuict nous aurons un grand orage bien dangereux et que cela s'estoit cer- tain, que nous ferions bien de faire voile contre Terre pour nous metrre a labris ; mais ne faisant aucune attention a cela avec un petit sousris ie luy dis de passer outre: a peine avions nous fait une lieu le vent se tourne et devient si impétueux, la nuict avec cela s'aprochant nous fumes bien aise de voir encore un peu de

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Terre pour nous en approcher affin de nous mettre a l'ancre, a peine pouvions nous atteindre le bord qu'un si terrible orage sur- vient que si avions resté sus le sound que nous aurions perils in- falliblement, accause des bancs de sable qu'il y a.

En danger de périr sur un banc de Sable.

Nous restâmes la nuict auprès d'un Planteur anglois de la secte des trembleurs, fort honest home, qui nous receust très bien nous faisant beaucoup de caresses, celuy, au commence- ment de mon établissement me fust d'un grand secour me four- nissant de vivres et de bétail pour un pris raisonables. Le lendemain après avoir remercié a notre bienfaiteur, le vent s'ab- baissant nous partîmes, mais au soir estants au milieu du sound, nous hurtames sur un banc de sable, et le bâtiment fist un si grand éclat que nous crûmes qu'il estoit fendu en deux, et nous fumes saisis d'une grande peur, cependant ne voyant pas couler notre vaisseau, nous reprimes courage et fîmes des grands efforts pour nous tirer de dessus ce banc, mais notre plus grande crainte fust que quand a la fin nous debarasserions le vaisseau quittant le banc de sable nous senterions seulement alors les effects de ce méchant coup, que le vaisseau estant libre la fente s'elargis- sant qu'infalliblement nous submergerions, mais par la Grace spéciale du Tout Puissant il n'y eust pas du mal, ainsi après que la marée fust montée et le vent un peu plus favorable nous tendimes touts les voiles et avec bien de la peine debarassames le vaisseau, remerciant au Bon Dieu de nous avoir délivré d'un si grand danger.

Vent contraire nous tient plusieurs jours sur un banc parmi des roseaux hurtames encore sur un Roc d 'écailles d'huîtres. Le troiseme jour nous eûmes encore un vent violent et con- traire que nous fumes obligé de nous mettre a lancre sur un banc garnis de roseaux ou nous fumes a labris pour plusieurs jours, a la fin par un 4d de vent nous passâmes par un canal qui tra- versoit ses roseaux et nous fumes encore si malheureux/ 70qu'au

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bout du canal nous hurtames contre un roc ou un grand monceau d'huitres ou nous eûmes de la besoigne pour une demy journée pour nous debarasser de cett endroit et fumes d'obligation d'at- tendre que la marée fust haute pour en sortir avec un vent favor- able. Continuant notre route nous arivames a la fin l'endroit désiré et il estoit tems, car nous n'avions plus de provision, croy- ant au commencement de faire notre passage en deux fois 24 heures nous eûmes passé 10 jours a ce trajet: voicy dont l'événe- ment de ce qui le Patron du Vaisseau nous prédit de ce signe de dessus le mas du vaisseau.

Mon arrivé au Gouvernement chez Mr. le Gouv. Hyde, séjour de 6 semaines. Je prepare une Sloop ou bâtiment de provision pour mes Colonistes. Accident fâcheux, le feu se mist aux feuilles de tabac.

Le Vaisseau tout en combustion par le feu qui prist au tonelet de poudre périt 6e Contretems Capital.

Ayant été obligé de m'arreter passé 6 semaines auprès de Mr. le Gouverneur Hyde, tant pour assister en conseil corne en estant membre, et pourvocquer aux autres affaires de la Prov- ince, que pour procurer les provisions neccesaires, tant de bouche que de guerre pour ma colonie presq désolée, i'ay pu a la fin, mais avec beaucoup de peine renvoyer ma sloop ou brigantin pourvu de bled, de poudre, plomb, tabac, un peu de brantvin etc. a Neu- berne. Mais, helas! quel malheur ne survient il pas mes pauvres gens s'attendoient bien en vain sur ce secours que ie leurs avois promis. Car quand le brigantin eust passé presq le sound et atteint l'embouchure de la Riviere de News, les mattelots se croyant hors du danger burent trop de brantvin tellement qu'ils s'endormirent, mais n'ayant pas eu soin d'éteindre le feu sur le foyer des eteincelles du bois qui bruloit encore sur le foyer sautèrent parmy les feuilles de tabac qui n'estoit pas bien éloigné de delà que le feu y prist, la fumée ayant éveillé ses dormeurs ils furent si surpris et épouvantez dans la crainte que le ton- nelet de poudre sauteroit en l'air, sans ce mettre en peine d'étein- dre le feu, ne manquants pas d'eau ils s'adviserent de ce sauver

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et ce mirent dans le petit barque, et, abandonant le vaisseau, et avant qu'ils feussent arive au bord a Terre le feu prist au ton- nelet de poudre qui sauta en lair et le vaisseau tout en combus- tion perist.

Je laisse a penser le lecteur qu'elle trist nouvelle pour ces pauvres gens de Neuberne qui presq agonissant de faim a faute de vivres soupiroient a bouche ouverte après ce secours tant longtems désirez, et quell crevé coeur a moy de voir mon pauvre peuple frustré de cette assistance, sans parler de la perte con- siderable qu'il m'en ariva. Cependant m'imaginaut bien que ce petit secours ne suffiroit pas y ayant a peine pour se raffraichir un peu, ie fis touts mes efforts pour me pourvoir d'un plus gros vaisseau des même effects que l'autre, mais ie fus tant amusé et les choses trainerent tant en longueur, que j'en devi- ents tout chagrin prévoyant bien que telles tergiversations en semblables conjectures nous metroient dans un miserable état et qu'a la longue il seroit impossible de subsister de la manière; c'est pourquoy ie disposay mes affaires au plus seur, avec ordre que si les affaires n'aloient pas mieux et que la Province ne me soulagast pas, que mes colonistes s'en viendroient dans le même vaisseau avec M.M. qui en auroit la conduite pour chercher mieux et la on m'avoit fait des offertes si advantageuses mais j'avois beau proposer, j'eus tant de peine a faire les provisions susdites que ie ne croyois pas en venir about tout alloit si lente- ment et si mal auprès du Gouvernement que ie n'esperois plus aucune bone chose de cette province, tellement que ie ne hesitois plus pour aller en Virginie./ 71Cependant avant que ie passe outre a la relation de mon voyage de Virginie, il sera bon de mentioner aussi ce que nous avons fait pendant ce long séjour auprès du Gouvernement pour le bien et seureté de la Province. Apres que jeus dont représenté a Mons. le Gouv. Hyde et Con- seil, qu'il faloit mettre meilleur ordre aux affaires, que sans cela vous risquions de périr entre les mains des sauvages; nous commençâmes examiner et considérer les choses de plus près, pour tacher de remédier au plus pressant mais jay esté tout sur- pris de trouver tant d'ignorants et de laches.

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Representations pour la seureté de la Province.

i°. Il sagissoit avant touttes choses de trouver des vivres suffisants sans quoy il est impossible de faire la Guerre prin- cipalement avec les sauvages, cependant ses Carolins estoient si volages que bien loin de faire les provisions nécessaires ils ont vendu des graines et due salé hors de la Province pour ce sujet j'ay prié Mons. le Gouv. instament de publier un mandat severe de defence que persone aye a sortir ny vendre chose que ce soit hors de la Province sous des grandes amandes et punitions.

20. Quil faloit s'informer exactement si la Province pour- rait fournir des graines a suffisance pour soutenir une guère si longue, mais ayant trouvé qu'il en avoit pas assez de bien près, il estoit dont nécessaire de ce pourvoir dans les Provinces voi- sines.

3°. Puisq ny la Province, ny les particuliers n'estoient four- nis, ny de poudre, ny de plomb, ny d'armes a suffisance qu'il en faloit faire venir d'autre part, mais on ne sceut ou trouver largent pour cela, et les Carolins estoient en si petite consider- ation qu'ils n'en auroient pas trouvé a credit ainsi ie fus d'obli- gation de voir si Mons. le Gouv. de Virginie ne voudroit nous tendre main.

40. Supposé qu'on auroit a la fin obtenu tout ce que dessus que faire avec une poignée de monde, a peine pouvions nous amasser 300 homes portant armes dant toutte la Province encore partie d'eux n'estoient ils pas trop bien équipez ny alloient ils de bon coeur a l'action.

La dessus commission me fust donée de voir Mons. le Gouv- ern. de Virginie pour le disposer a nous fournir du monde et suffisantes provisions, ce quil offrit de faire au nom de la Reine de la Grande Bretagne, moyenant un salaire réglé aux soldats, et restitution de provisions de bouche et de Guère. Ce qui ne plust pas au Carolins, disants n'être pas en capacité de rendre telles sommes, que Mr. le Gouverneur devoit faire cela aux frais de sa Majesté, ce qu'on trouva ridicule, car pourquoy faudroit il que la Reine fournisse ces choses ne tirant aucun interest ny benefice de cette Province; les Lords Propriétaires en tirant les Revenus, il est juste qu'ils en ayent les frais et charges. Cecy

The Graffcnried Manuscript C 157

fust cause que quelques persones allèrent auprès de Mons. le Gouv. de Virginie pour sonder auprès de luy, s'il voudroit/ 72prendre en la Protection la Province de Caroline, ce qu'il re- fusa par bones consideration.

50. fust proposé qu'on devoit aussi fortifier un endroit de la Province tant pour pouvoir sy retirer dans la nécessité que pour y tenir un magazin, et s'y tennir en seureté, mais il n'y eust rien a faire.

Deputation en Sud-Caroline pour du Secours. Que faire dont une si méchante situation d'affaires pendant touttes ses tergiversations, les sauvages passèrent outre, deve- nants fiers d'une si pauvre resistance, attaquèrent et pillèrent une Plantation après l'autre. La dernière ressource fust d'en- voyer promptement des députez en Sud-Caroline pour y solliciter du secours, ce qu'on obtint, et sans ce secours toute la Province auroit été perdue.

Colonel Barmvell vient avec 800. Indiens: Tributaires §0. Anglois- Attaque du Col. Barnwell un Village de Cor, Le Roy et sa trouppe deffaits.

Le Gouvernement de Sud Caroline envoya dont 800. sauv- ages tributaires avec 50 anglois Carolins, sous le comendement de Colonel Barnwel, touts bien pourvu de poudre et de plomb. Le Theatre de cette Guerre fust près de mon quartier de Neu- berne : Cest a l'arivée de ce secours, que la Guerre s'alluma